Vendredi 8 Mai 2009

Là où tout est sauvage, tout est silence


Balmorhea est un groupe texan formé en 2006. All is wild, all is silent, leur troisième album est sorti ce mois ci. Le quintette déploie une musique acoustique subtile et inspirée, entre folk envolé et rock rêveur, évoquant par là même les vastes espaces de l'ouest sauvage.
Je ne saurais que trop vous conseiller l'excellent clip video réalisé par Jared Hogan de la chanson Remembrance:

Lundi 27 Avril 2009

Farandole sociale

Ton réseau social n'est rien d'autre qu'une toile d'araignée,
tissée de cartes d'identités reliées en bases de données,
nourrie de voyeurisme et le narcissisme à demi assumés,
prisonniers et geôliers sont ainsi réconciliés.

Mardi 25 Novembre 2008

Nous autres

1984 de George Orwell s'inspire d'un ouvrage intitulé Nous autres de l'écrivain russe Ievgueni Zamiatine et paru en 1920. A l'instar de 1984, l'ouvrage de Zamiatine donne lui aussi la description d'une contre-utopie totalitaire.
Pour plus d'informations sur Nous autres je ne saurai trop vous conseiller à ce sujet la brillante chronique de la Salle 101.

Jeudi 28 Août 2008

Etre un artiste

Pour trouver la réalité, chacun doit regarder intensément son propre univers, chercher ces détails qui contribuent à cette réalité que l'ont sent sous la surface des choses...
Etre un artiste signifie chercher, trouver et regarder ces réalités-là ; être artiste, cela signifie ne jamais détourner les yeux.


Akira Kurosawa,1963

Jeudi 31 Juillet 2008

Partis Politiques

Extrait de Note sur la suppression générale des partis politiques de Simone Weil :
« Pour apprécier les partis politiques selon le critère de la vérité, de la justice, du bien public, il convient de commencer par en discerner les caractères essentiels.
On peut en énumérer trois :
Un parti politique est une machine à fabriquer de la passion collective.
Un parti politique est une organisation construite de manière à exercer une pression sur la pensée de chacun des êtres humains qui en sont membres.
La première fin, et, en dernière analyse, l’unique fin de tout parti politique est sa propre croissance, et cela sans aucune limite.
Par ce triple caractère, tout parti est totalitaire en germe et en aspiration. S’il ne l’est pas en fait, c’est seulement parce que ceux qui l’entourent ne le sont pas moins que lui.
»

Mardi 22 Juillet 2008

Culture du Libre et Internet

« Alors rien ne sert de s’énerver : il faut juste les ignorer, se battre pour qu’ils ne changent pas trop la loi, et continuer à programmer du code comme nous le faisons depuis 20 ans maintenant : nous avons le matériel, les logiciels, la bande passante, la culture, les talents… (...)
Nous n’avons besoin de rien, ni de changer la loi, ni d’en faire adopter de nouvelles, ni de détruire ni de créer quoi que ce soit, ni de venture capitalists, ni de position monopolistique… La beauté de notre position tient au fait que de toute façon nous gagnerons, alors laissez-nous tranquille. La seule chose que nous demandons, à l’Etat, c’est d’éviter de créer des injustices au bénéfice de quelques-uns
. »

Eben Moglen*, extrait de la conférence "Culture et Internet", à Paris, le 5 juin 2008 (Retranscription par la Quadrature du Net).

*Eben Moglen est professeur de droit à l'université de Columbia, avocat conseil de la Free Software Foundation et le principal rédacteur de la licence GNU/GPL avec Richard Stallman.

Lundi 21 Juillet 2008

Encore là ?

Tiens, encore là ? Peut-être égaré...
Ce blog est comme un vieux chat errant: en sursis mais décidement dur à mourir...
«Quelque chose doit le mettre sans cesse sur les bords de l'abîme. Il voyage à la recherche des parapets du monde». (Sylvain Tesson, "Petit traité sur l'immensité du monde")

Vendredi 11 Juillet 2008

Dos au mur

Courage, désintéressement, intelligence. Trois valeurs qui ne guident le comportement des individus que très occasionnellement et presque jamais en même temps.
Courage, désintéressement, intelligence. Lorsque l'individu agit selon ces trois principes il est nécessairement seul et isolé, son attitude se détachant du groupe. Vous verrez donc les autres individus du groupe agir ensemble pour détruire ou récupérer le résultat de ce comportement déviant de la norme. Pareil à la loi de la gravité, ce principe physique dicte la psychologie des foules et qualifie en négatif les principes motivant l'action de ce groupe :
Lâcheté, intéressement, aveuglement. Si le groupe est ainsi, c'est parce en son sein l'individu l'est aussi... majoritairement par défaut et par inertie. Peut-être est-ce la raison pour laquelle l'attitude inverse est si souvent porté comme idéal inaccessible, à la fois attirant et terriblement dangereux, comme la promesse d'un suicide prométhéen, mais propre à rendre supportable la vie en société au quotidien, autrement dit à consoler l'individu sa propre médiocrité.
Si nous admirons les héros c'est parce que nous sommes n'en sommes pas. Si nous louons les héros c'est parce que nous nous gardons bien d'en être. Mettre sur un piédestal c'est s'empêcher d'y monter.

Mercredi 23 Janvier 2008

La sensibilité individualiste

Georges Palante est l'auteur de ma citation préférée : « L'individu reste la source vivante de l'énergie et la mesure de l'idéal ». Cette phrase résume à elle seule la philosophie de Palante, encore fortement méconnue de nos jours, même si les éditions CODA réalisent depuis quelques années une réédition de ses oeuvres complètes. A celles-ci ajoutons la récente édition des Mille Et Une Nuits de deux excellents textes de Palante : La sensibilité individualiste suivi de Anarchisme et individualisme. Dans ces deux textes, Palante nous expose son individualisme, vu comme une sensibilité propre à l'opposé de tout dogme y compris de ces dogmes qui s'inspirent justement de l'individualisme pour en faire une théorie politique (exemple : le dogme anarchiste ou le dogme libéral). Car Palante, citant avec abondance nombre d'oeuvres littéraires, démontre avec clarté l'opposition éternelle entre l'individu et la société. Il explique comment l'individualiste - éternel rebelle - est l'ennemi de tout ce qui écrase l'individu et comment il - éternel insoumis - lutte contre les filets de son environnement social. Nihiliste social, l'individualiste ne croit pas au progrès social, la vertu de l'action collective, pas plus qu'en les icônes et autres idoles rassemblant et menant les groupes comme autant de bergers avec leurs troupeaux. Pessimiste social, l'individualiste sait que son combat contre la société est perdu d'avance, car l'inertie et la pression qu'exercent les groupes sociaux font qu'un combat de front de l'individu ne mène qu'à son écrasement par le groupe le jugeant comme une menace pour sa cohésion. Le combat individualiste est donc une résistance de tout les instants, agile, discrète qui ne peut être semblable à aucune autre, tant chaque individu est différent. Aussi, Palante nous conduit en guise de résistance - comme Han Ryner - vers un art de vivre, une culture de son jardin, une manière d'être à soi sans appartenir aux autres. Deux textes sur l'individualisme absolument essentiels, pour ne pas dire inégalés.

Mardi 3 Juillet 2007

La révolution du libre ?

Et si rien n'obligeait le concept du logiciel libre à s'appliquer uniquement à l'informatique ? Et si la mentalité du mouvement du logiciel libre en se généralisant se diffusait dans la société ? Et si le modèle d'organisation du logiciel libre s'appliquait à celui de la société dans son ensemble ? Telle est la thèse de l'article de Leo Babauta sur le site Lifehack Open Source Life: How the open movement will change everything, dont on peut trouver une traduction sur le site Framasoft. Ecole, gouvernement, entreprise, loisirs, argent, internet, le concept du libre appliqué au quotidien pour une vie libre ? Pourrait-on y voir une résurgence appliquée des rêves des anarchistes (pacifiques) des siècles précédents ?

Samedi 9 Juin 2007

Dig your own Hole... ou le retour du chat

Un soir en rentrant chez moi, alors que je montais les escaliers menant à mon appartement, je crus - l'espace d'un bref instant - apercevoir devant ma porte une petite forme fugitive animale glisser dans les ombres. Intrigué, me demandant si j'avais rêvé, je continuais à m'approcher. Alors arrivé au seuil de ma porte, je trouvais une minuscule feuille de papier, roulée en boule et pas plus grosse que le plus petit des dés à jouer.
M'installant chez moi, j'entrepris de dérouler la feuille qui me dévoile une étrange écriture :

Ici on m'a dit " Tu as de la chance de vivre ici, parmi nous, fait comme nous, creuse ton propre trou. " J'ai répondu : " Tout porte à croire que je me trouve dans un cimetière, aussi beau soit-il, je ne veux pas creuser ma propre tombe. "
Ici, on m'a dit " Bienvenue, tu as maintenant la chance de travailler avec nous, creuse ton propre trou." J'ai répondu " Si je suis chez vous c'est seulement parce que je dois manger. Si je veux bien creuser c'est pour vous, mais de ce terrier je n'en voudrai jamais aucun trou. "
Car... " Si je dois manger c'est pour continuer à aller plus loin, et si je dois creuser pour moi ce n'est pas une fosse où m'enterrer mais plutôt une brèche par laquelle m'échapper, car - pardonnez moi mes frères - votre monde et vos modes me sont étrangères, pour moi elles ne sont qu'un pis-aller pour un ailleurs vers lequel je veux m'en aller. "


Ces mots résonnèrent dans ma tête toute la nuit. Je présentais de qui ces mots avaient pour origine. Cela ne tarda pas à m'être confirmé, puisque le lendemain matin à l'aube, au détour d'une ruelle, deux yeux félins me fixèrent le temps d'une phrase : " Celui qui oublie ses rêves est condamner à vivre comme un somnambule ".
Je voulu répliquer mais j'étais déjà seul. Malgré qu'il n'y avait maintenant plus à douter de son retour, c'est l'esprit plein d'interrogations que je continuais mon chemin. Mais ce que j'ignorais c'est que n'allais pas tarder à comprendre ce que signifiais son brusque retour.

A suivre...

Lundi 28 Mai 2007

Parce que

Désormais, sur ce site, vous trouverez deux logos ne portant pas le nom de ZoneL.

Une fois n'est pas coutume, je décide de refouler son aversion naturelle en l'appartenance d'une quelconque forme collective, et acte ma sympathie et mon soutien à ces deux associations.
Pourquoi ? Parce que l'une d'elle défend et promeut le logiciel libre : parce que je crois que dans notre société informatisée, la liberté, l'échange et la créativité de chacun ne peuvent durablement reposer que sur une ouverture des systèmes informatiques. Parce que j'estime que le système GNU permet justement cela en ce sens qu'il est avant tout un système social fondé sur une éthique du respect intégral des libertés de chacun : créateur et utilisateur. Parce que beaucoup d'éléments de mon éthique personnelle sont également celles de la philosophie du système GNU.
Également parce que une de ses associations défend la liberté d'expression en défendant celle de la presse, puisque cette dernière est l'émanation de la première. Parce qu'on ne peut pas en effet attendre de défendre la liberté de la presse avant qu'on nous l'enlève. Et parce que comme dirait Tarkovski : Le plus important est la liberté de l’information que l’homme doit recevoir sans contrôle. C’est le seul outil très positif. La vérité non contrôlée est le début de la liberté.

Lundi 7 Mai 2007

Stallman (suite)

Lu sur Framablog :
En introduction de Free Software, Free Society, une collection d'essais et de conférences de Richard Stallman, publiée par GNU press, Lawrence Lessig, professeur de droit à l'université de Stanford, déclare que "Chaque génération a son philosophe - un écrivain ou un artiste qui saisit l'imaginaire du moment. Parfois, ces philosophes sont reconnus en tant que tel ; souvent, il faut des générations pour faire le rapprochement. Mais reconnu ou non, une époque est marquée par les gens qui expriment leurs idéaux, que ce soit dans les murmures d'un poème, ou dans le grondement d'un mouvement politique. Notre génération a un philosophe. Ce n'est pas un artiste, ou un écrivrain professionnel. C'est un programmeur."

Et il se trouve que je suis plutôt d'accord, notamment à la lumière de quelques citations (traduites) de R. M. Stallman himself trouvées dans la suite de l'article :

"Cela ne concerne pas l'argent", dit-il, "cela concerne la liberté. Si vous pensez que cela concerne l'argent, vous n'avez rien compris. Je veux utiliser un ordinateur librement, pour coopérer, pas pour restreindre ou interdire de partager. Le système GNU/Linux a obtenu du succès avec plus que cela. Le système est devenu populaire pour des raisons pratiques. C'est un bon système. Le danger réside dans le fait que les gens vont l'aimer parce qu'il est pratique et qu'il va devenir populaire sans que personne n'ait la plus vague idée des idéaux qui sont derrière, ce qui serait une manière ironique d'échouer."

Ou encore: "Si vous n'avez pas la liberté pour principe, vous trouverez toujours une bonne raison de faire une exception. Il y aura toujours des moments où, pour une raison ou pour une autre, il y a un avantage pratique à faire une exception."

Vendredi 4 Mai 2007

Sylvain Tesson

En ces temps étouffant du carnaval rituel et bêlant de la politique, à tous ceux qui voudraient s'en évader, je ne saurais trop leur conseiller la lecture des livres de l'écrivain voyageur Sylvain Tesson. En guise d'illustration je vous donne les dernières lignes de l'Axe du Loup, ouvrage dans lequel il reprend l'itinéraire des évadés du goulag de Sibérie jusqu'en Inde à pied :
« L'essentiel est de comprendre que l'évadé politique est nécessaire à l'Histoire. Il prouve qu'aucun barbelé n'est infranchissable, qu'il y a toujours une faille dans le rempart, qu'aucun bourreau n'est sûr de retrouver son prisonnier à l'aube, que le poteau d'exécution reste parfois sur sa faim, qu'aucune idéologie ne réussira jamais à cadenasser quiconque et qu'aucun dogme affidé à cette idéologie ne sera capable d'empêcher les hommes de partir regagner leur Liberté, ce pain de l'âme, aussi nécessaire à la vie que le pain du ventre. »

Jeudi 19 Avril 2007

Un billet... de vote

Lorsque tous les cinq ans on nous autorise à choisir un nouveau roi, je reste sans voix. Qu'auriez-vous donc à répondre si, étant allergique à l'alcool, on vous demandait quelle est votre marque de vin préférée ? Penseriez-vous que la question vous permet réellement d'exprimer votre véritable préférence ? Le dilemme est donc : quelle réponse apporter à une question déjà biaisée sans trahir le sens de sa pensée ?
Dimanche prochain je serai comme toutes les autres fois qu'il faut voter : pas plus avancé dans l'expression de mon non-choix à fournir. Ce dimanche là, avant d'aller porter aux urnes les cendres de ma foi envers le droit de suffrage, j'irai faire un crochet par la rue Elisée Reclus. Par ailleurs, il se trouve que le bureau de vote local se tient cette année dans mon ancien lycée. Juste avant d'aller rejoindre l'office de la longue procession des votants, j'irai flâner dans le parc de mon ancien établissement scolaire que j'ai quitté il y a de cela tout juste 10 ans. J'irai ainsi, seul, à travers les allées bordées d'arbres, méditer sur ces années écoulées, renouant avec les anciens souvenirs et me recueillir à l'ombre de la nostalgie. Et puis quand le moment sera pour moi venu, j'irai porter mon incertitude à l'isoloir. Peut-être serai-je alors inspiré de glisser dans l'enveloppe le résultat de l'expression d'un véritable choix personnel : un brin d'herbe cueilli dans le parc. A moins que devant la salle de vote, il ne me revienne à l'esprit l'ancienne tentation de sécher l'atmosphère des lieux, comme cet adolescent qui tant de fois a ressenti en ces lieux comme un enfermement absurde et qui, cherchant maladroitement le sens profond des choses, avait l'intuition qu'il ne les trouverait pas ici. Comme disait d'ailleurs une série télévisée de l'époque : la vérité est ailleurs.

Lundi 16 Avril 2007

Logiciel libre (bis)

Le 3 avril 2007, à l'ENST, s'est déroulée une intéressante conférence de Richard Stallman, dans laquelle le père du logiciel libre - dans un style fidèle à lui même - revient sur sa conception éthique du logiciel libre.
A télécharger ici au format (libre) OGG/Theora.

Enfin, un bref extrait de cette conférence :
« La liberté est quelque chose de beaucoup plus grand que d'avoir le choix entre quelques options fixes, la liberté veut dire avoir le contrôle de ta propre vie.(...) Avoir le choix entre des programmes "privateurs" c'est pouvoir choisir ton maître. La liberté est de ne pas avoir de maître. »

Suivez mon regard sur l'actualité...

Jeudi 12 Avril 2007

Capital

Liapis Trubetskoi, groupe Bielorusse, vient récemment de sortir un titre intitulé Capital dont je conseille le superbe clip au visuel gargantuesque, réalisé par Alexey Terekhov : http://www.cosmosfilm.tv/movies/capital.mov.

Enfin, de ce clip, je citerai la conclusion de la très pertinente analyse qu'en tire le blog Obtusity :
« In 1867 Karl Marx wrote a powerful critique of capitalism called "Capital", in which he criticized the economic system for alienating and exploiting the working class. But most of the men implicated in this video aren't actually running capitalist societies - though all of them are subject to Marx's attack. Instead they hide behind big words like "democracy" to in fact pursue dreams of Napoleonic fame.
The video seems to suggest an aversion towards globalism with its crazy 7-headed conglomerate shilling horrible products and ideas from every corner of the earth. But the real problem is any one person, or group of people, attempting to force a single ideology on the billions of unique humans that live on this planet. In the finale the piggy bank-heart is destroyed and put back in the hands of the television viewer - the consumer. Having individual choice and spending money is OK - as long as we make educated decisions. »

Samedi 24 Mars 2007

Entrez dans la Zone

A l'occasion de l'édition poche du dernier livre d'Alain Damasio La Horde du Contrevent (Grand Prix de l'Imaginaire 2006), l'excellent La Zone du Dehors - précédemment chroniqué en ces colonnes - est réédité. Nouvelle couverture, livré avec un dvd, et un très riche site web d'où je tire, à l'attention des indécis ne l'ayant pas encore lu, la présentation du roman faite par Vincent Wahl :

« À Cerclon, colonie modèle installée sur un satellite de Saturne, vivent 7 millions d’exilés d’une Terre presqu’anéantie par les guerres. Dans cette société utopique qui veut réaliser concrètement l’égalité des chances et la fluidité de la démocratie d’opinion, on travaille peu, on se distrait beaucoup, un bon tiers de la population est payé « pour être agréable aux autres », le confort et le niveau technique font mieux que moderne, les multinationales, se nomment Défordre. La paix sociale est scellée par un classement généralisé des personnalités, des efforts civiques et des talents, réputé modèle de transparence, censé assurer l’allocation optimale des rôles sociaux, des emplois, des rémunérations. Les places de ce classement, les identités mêmes sont remises en jeu tous les deux ans, occasion d’une période d’instabilité organisée, suivie de grandes fêtes qui cimentent la société. La surveillance est totale, préventive, discrète. Insidieusement, l’artificialisation du milieu et des modes de vie envahit les corps, manipule les émotions, neutralise en douceur les énergies.

Comment provoquer le sursaut, réveiller la vitalité de l’être ? Seule une poignée d’opposants ressent les risques pour l’humain, se ressource dans la dureté et la liberté du Dehors, revendique, essaie de promouvoir, une vie adulte, autonome et responsable. Ses membres recherchent difficilement les voies de la résistance. Au moment où s’ouvre le récit, un groupe de militants décide de franchir le pas de la violence symbolique, ce qui permet à un pouvoir cynique et efficace de les rejeter sans appel dans l’enfer du terrorisme . La normalisation ne peut manquer de s’imposer, à moins que…

Une narration haletante, des personnages à la fois idéaux-typiques, et présents, vivants, complexes, et plus encore le monde imaginé par Alain Damasio très fouillé, très cohérent, complètement crédible font de cette épopée radicalement humaniste et exigeante une parabole des risques de dérives de la démocratie, dans un écho convaincant à l’actualité. Un livre de plaisir et d’indignation, d’enthousiasme et de fine pédagogie sur ce qui fait société. »

Vendredi 16 Mars 2007

La grande maladie du siècle

« J'écris ces lignes en pleine période électorale. Les murs sont barbouillés d'affiches de toutes les couleurs ou on s'en dit de toutes les couleurs, sans jeu de mots. Qui n'a pas son parti – son programme – sa profession de foi ? Qui n'est pas socialiste ou radical ou progressiste ou libéral ou « proportionnaliste » – le dernier cri du jour ? C'est la grande maladie du siècle, cette abnégation du moi. On est d'une association, d'un syndicat, d'un parti; on partage l'opinion, les convictions, la règle de conduite d'autrui. On est le mené, le suiveur, le disciple, l'esclave, jamais soi-même. (...) »

E. Armand L'Ère Nouvelle, n°46, mi-avril 1910

Vendredi 23 Février 2007

Logiciel Libre

« Le mouvement du Logiciel Libre a été fondé en 1984, mais son inspiration vient des idéaux de 1776 : la liberté, la communauté et la coopération volontaire. C'est ce qui mène à la libre entreprise, à la liberté d'expression et au logiciel libre. » Richard Stallman

Mercredi 17 Janvier 2007

Santiago

Dans un futur lointain, l'Homme essaime à travers la galaxie, colonisant système solaire sur système solaire, jusqu'à former un vaste ensemble de mondes civilisés et de réseaux d'échanges auxquelles s'assimilent (ou sont assimilés) les populations extra-terrestres rencontrées. Cette nouvelle civilisation galactique se nomme : la Démocratie. Aux confins de la sphère d'expansion de l'humanité existe la Frontière, un ensemble de monde semi sauvages, à demi inexplorés, sorte de far ouest spatial, peuplé d'humain et d'extra-terrestres, bandits ou chasseurs de primes, marchands ou contrebandier, explorateurs ou pionniers, prédicateur et autres marginaux. Dans cette fameuse frontière, un nom fait figure de légende : Santiago. On dit que sa mère était une comète et son père un vent cosmique... Ainsi parle la légende de Santiago, cet insaisissable et mystérieux criminel qui sévit depuis trente ans sur la Frontière Interne et dont la tête a été mise à prix par le gouvernement galactique pour une somme qui fait rêver tous les aventuriers de la galaxie. Néanmoins l'énigme Santiago demeure car malgré ses délits continuels personne ne l'a jamais vu. Au point que certain disent qu'il n'existe pas. Mythe ? Humain ? Monstre ? C'est ce que Sébastien Cain, ex-révolutionnaire devenu chasseur de prime, entreprend de découvrir lorsqu'un jour, sur la petite planète perdue de Keepsake, il reçoit la confidence d'un vieux barman qui lui donne l'adresse d'un homme qui saurait comment trouver Santiago...

Ecrit en 1986 par Mike Resnick, Santiago est un western galactique plaisant quoique de facture assez classique, si ce n'est l'étonnant dénouement du roman qui permet de rapprocher ce dernier d'un V pour Vendetta et d'un Serenity.

Mardi 7 Novembre 2006

Les Fils de l'homme

Adapté d'un roman de P.D. James , Les Fils de l'homme, film d'anticipation de Alfonso Cuaron est sorti en salle le 18 octobre 2006.
C'est l'histoire d'un non futur. 2029, voilà bientôt 18 ans qu'aucune femme n'a mis d'enfants au monde. Fait étrange autant qu'inexplicable, devant cette situation le monde sombre au fil des ans dans la folie, l'apathie et de désespoir. Le monde et les sociétés que nous connaissons s'embrasent et se désagrègent. Sans cesse plus nombreuses, violences, émeutes, guerres civiles s'emparent de l'humanité. Sans cesse plus nombreux également des flots de réfugiés viennent s'écraser aux portes des rares nations qui surnagent en s'enlisant dans des régimes de plus en plus totalitaires où la population locale résignée est maintenue dans l'obéissance à renfort de terreur policière, d'anti-dépresseurs et de parcs concentrationnaires pour les clandestins et réfugiés, comme c'est le cas en Angleterre où se déroule le film.

L'action débute quand retentit la nouvelle du décès accidentel du cadet de l'humanité alors âgé de 18 ans, ce qui met la population en émoi. Pour Theo plus rien de cela ne compte vraiment, ancien activiste reconverti en fonctionnaire, il paraît résigné à vivre au jour le jour, dans l'indifférence d'un avenir définitivement bouché. Son seul plaisir est désormais de rendre visite à son vieil ami Jasper et d'évoquer avec lui leurs glorieux combats… C'est alors que Theo est contacté par Julian, son ancienne compagne, chef d'une cellule clandestine. Julian demande à Theo d'obtenir des papiers pour une jeune femme de l'organisation, Kee, et de veiller à ce qu'elle quitte le territoire en sécurité avec un petit groupe de camarades. Theo avec hésitation accepte finalement en souvenir de leur amour et en échange d'une coquette somme. Très rapidement, Theo découvre que Kee n'a rien d'une fugitive ordinaire, elle est enceinte de huit mois, peut-être le seul espoir de l'humanité, un miracle que chacun guettait depuis presque vingt ans, mais aussi l'objet de convoitise de chaque camp, prêt à tout pour s'emparer d'elle et de son rejeton…

Ce qui frappe d'emblé dans Les Fils de l'homme c'est l'esthétique du film à la fois réaliste et violente. La violence omniprésente de 2029 est perçue d'autant plus brutalement qu'elle y est filmée avec un saisissant réalisme, en témoignent la plupart des scènes d'actions tournées " façon reportage " en long travellings ininterrompus et/ou camera sur épaule. Violence d'autant plus saisissante qu'elle prend part dans un monde qui fait écho au notre. Pollutions, mesures ultra sécuritaires, violences urbaines, terrorisme, avenir du monde, décadence, fin des utopies… tout cela pour mieux traiter à mon sens du thème central du film que certains désigneront par l'espoir, d'autres par la foi.

Car ce film nous montre un futur sans futur. Un futur dans lequel l'humanité a abandonné tout espoir. Sans espoir, sans aspiration vers un idéal, l'humanité sans rêve erre sans but, elle cauchemarde, organise sa propre destruction en créant son propre enfer. A ce propos on pourrait reprendre la phrase que Dante avait imaginé inscrite aux portes de l'Enfer : " Abandonnez tout espoir, vous qui pénétrez ici ". Or, dans le monde de 2029 où l'homme ne peut plus se reproduire, ce dernier ne dispose donc plus par conséquent de raison de bâtir. L'homme n'ayant plus de futur, il se sait condamné, il perd confiance, il s'abandonne lui-même, la mort comme seul horizon. De là le repli, la violence, la servitude.

La foi, ce fol espoir que rien n'arrête…Tout au long du film les relations des personnages principaux, Theo, Julian et Kee, sont des relations de foi, chacun ayant foi en l'autre. Un lien à tout à la fois fragile et fort qui les pousseront tour à tour à avancer vers un futur incertain. Un lien qui semble dérisoire face au déferlement de violence dirigé vers eux et qui les menace à chaque instant. C'est pourtant cette foi qui va réaliser l'improbable. Le parcours de Theo est également symbolique d'un retour de la foi, puisque Theo sera amené à faire face à ses démons jusqu'à retrouver foi en lui, en son humanité et au final retrouver sens et espoir en l'avenir de l'humanité...

Mercredi 1 Novembre 2006

Note de lecture fortuite

Plutôt que de vous écrire un compte rendu de La mentalité du révolté (1) de Georges Palante, je préfère plutôt ajouter – autant en guise d’illustration que de rapprochement spirituel – la découverte fortuite d’une citation de Tadeusz Kantor au sujet de l’art et de la liberté :

« La liberté de l’art n’est un don ni de la politique ni du pouvoir. Ce n’est pas des mains du pouvoir que l’art obtient sa liberté. La liberté existe en nous, nous devons lutter pour la liberté, seuls avec nous-mêmes, dans notre plus intime intérieur, dans la solitude et la souffrance.
C’est la matière la plus délicate de la sphère de l’esprit. »



(1) Article initialement paru dans la Revue du Mercure de France en 1902 et repris en 2004 dans Œuvres Philosophiques du même auteur aux éditions Coda

Dimanche 13 Août 2006

La zone du dehors

La zone du dehors est un roman de science fiction écrit par Alain Damasio à la fin des années 90 et édité à partir de 2001 aux éditions Cylibris. Cet ouvrage constitue le premier livre de l'auteur.

Le Cerclon…
Dans un futur proche, une autre guerre mondiale a dévasté la planète. Tirant leçon des expériences des systèmes sociaux précédents, des savants ont conçu sur un satellite de Saturne une Utopia spatiale. S'inspirant des succès et des enseignements terriens de la démocratie, des lois économiques, de la psychologie, et des derniers aboutissements de la science, ces scientifiques ont conçu une cité parfaite : le Cerclon.
Société hyper-sécurisée, hyper-confortable et hyper-acceptée par une population de sept millions d'habitants qui vivent encore dans le souvenir des récentes horreurs terriennes que leurs parents ont subies avant de venir s'installer ici. Dans la société du Cerclon, chacun a sa place et cette place (correspondant à un nom, profession, logement…) est calculée au travers d'un réseau informatique en fonction des votes appréciatifs des gens avec lesquels l'individu est en relation. Cette hiérarchie toute puissante, au travers de laquelle tout le monde vit au dépend de tout le monde, est appelée le Clastre. Ainsi, grâce à ce système, chacun dans la société dispose d'une place " juste ", " logique " et " incontestable " car justifiée par tous du fait de la participation de chacun. Ce faisant, le système politique ultra-démocratique omnipotent et insidieux que représente le Clastre est (presque) sans contestation, car la démocratie est maintenant considérée non plus comme le moins pire des régimes, mais désormais comme le meilleur et l'indépassable entre tous. C'est dans cette mentalité de " fin de l'Histoire ", que le gouvernement cynique de la cité gère au quotidien le bonheur encadré et programmé de ses citoyens, avec - entre autre - son système informatique omnipotent, des multiples bases de données, ses agents intelligents, ses cameras omniprésentes, ses drones, sa manipulation des flux d'informations, ses contrôles d'accès biométriques, et ses tours panoptiques dans lesquelles chaque citoyens peut à loisir observer n'importe qui dans la cité. Ainsi, l'ensemble des agissement des citoyens sont enregistrés, analysés, pris en compte, et manipulés afin que chacun " selon ses besoins " se sente bien et puisse obtenir satisfaction à ses désirs en offrant à lui une incroyable subtile diversité de choix en terme de loisirs et d'occupations. Dictature luxeuse de la majorité, pour la majorité. Société soigneusement contrôlée jusque la discrétion apporté à ce contrôle. Programme de vie normalisé au confort optimal et immédiat. Mais tout cela a un prix que le gouvernement s'emploie à faire oublier...
Face à cette hydre sans visage, où chaque citoyen est à la fois complice et victime, se dresse la Volte, groupuscule clandestin d'individus révoltés contre le système Cerclonnien. La zone du dehors est le récit de leur révolution, de leur succès et de leur échec.

…et la Volte
Se révolter contre qui ? Contre quoi ? Quand le système est accepté par la majorité. Quand l'aliénation se réalise sans heurt ni violence visible ? Quelle légitimité à se révolter lorsqu'on mange à sa faim alors que sur la Terre irradiée et dévastée par les conflits on lutte encore pour survivre en regardant avec envie les micro colonies dans les étoiles ? Que proposer face à un système politique vu comme l'aboutissement ultime de l'humanité, alors que dans le même temps on constate le rapetissement de l'individu jusqu'à son apathie mentale dans piègé dans un confort matériel normalisé. Quelle alternative de société face au Clastre, ce système démocratique de gestion sociale à l'apparence " juste " induisant insidieusement l'acceptation du conformisme et du nivellement de chacun. Comment sortir d'une minuscule prison dorée construite isolée en orbite de Saturne sur un immense rocher ferrugineux constamment bombardée de météorites ?
Telles sont les questions auxquelles tentent de répondre la trame de ce roman de SF. Pour ce faire, l'auteur émaille son récit et ses reflxions de références philosophique (Nietzsche, Deleuze, …), allié à un style à la fois percutant et envolé, ainsi que l'évolution des cinq protagonistes hauts en couleur ; les cinq membres fondateurs de la Volte, chacun symbolisant un point de vue, une sensibilité de la révolte. Outre les multiples rebondissements, on retiendra surtout la saisissante description du Cerclon et de l'existence subtilement asphyxiée de ses citoyens dont les apparences s'emploient à induire e contraire, tout cela revoyant en de multiples échos à de notre propre société. Parmi tant d'autre, on pourra aussi noter le tête à tête entre le " leader " de la Volte (qu'on peut considérer comme le personnage central du récit) et le cynique président de la démocratie Cerclonnienne.

Voilà un livre qui ne peut pas laisser indifférent, ne serait-ce qu'au niveau du style d'écriture. Damasio écrit avec une virulence et une profondeur ébouriffante. A l'image des Voltés contre le Cerclon, au lecteur les mots fusent, les idées s'entrechoquent, les descriptions frappent l'esprit. On pourrait parfois reprocher dans ce style heurté quelques inégalités de rythme, mais globalement la lecture reste passionnante car véritablement originale. Tout à la fois roman de science fiction, récit philosophique, et réflexion politique, il souffle sur ce livre un furieux appel à la liberté. Si vous aimez tout à la fois Nietzsche et Révolte sur la Lune de Heinlein, ou bien si vous aimez tout simplement la SF, alors foncez sur La zone du dehors.

Mercredi 31 Mai 2006

La voix sans voix, ou la deuxième parabole du chat

La route continue, le périple ne s’arrête pas. Le chat toujours aussi clandestin, à la faveur de la nuit, se glisse sur les bateaux à quais. De port en port, de galère en galère, telle est la définition de cet l’individualiste précaire. Toujours en mouvement, il espère un jour accoster dans un Libertalia personnel. Mais la route est longue et les évènements incertains. Pour qui à la volonté de parvenir à ses aspirations il y a le souffle de liberté que procure l’intime confiance en soi. Ce souffle met l’individu en mouvement et par conséquent le détache de l’enracinement de l’époque. Il est précaire car détaché d’un monde social qui ne symbolise pour lui, au mieux, qu’un moyen transitoire autant qu’une gêne, sinon une vague indifférence. Sociable mais pas social, la volonté d’indépendance et le refus d’implication dans le jeu social de l’oubli de soi lui vaut la méfiance des groupes ; ce qui le rend d’autant plus précaire qu’il ne répond pas aux chants de ces sirènes collectives. Alors, sa précarité se symbolise par ce mouvement, de port en port, de galère en galère… Mouvement autant échappatoire que libératoire, cet être se sent clandestin de ce monde dont la servitude promise ne lui convient guère. Il suit ainsi sa voie intérieure en choisissant l’embarquement continuel, la quête perpétuelle, de port en port, de galère en galère.

Un soir, sous la pleine lune, le chat suspend un temps son périple, et s’improvise philosophe. Il détourne son regard de la contemplation de l’océan, et sur ce toit surplombant ce port, il se met à parler de sa vérité intérieure :
Aujourd’hui, je voudrais tenter de réparer une entorse à la vérité. Aujourd’hui, j’aimerais montrer une certaine injustice. Aujourd’hui, je voudrais vous parler de la voix de ceux qui sont ici et qu’on oublie de parler. Ici je voudrais discuter de ceux qu’on n’entend jamais dans la société mais qu’on ne peut ignorer. Aujourd’hui, je voudrais vous parler de ceux qui sont sans voix dans la cité.
Sans voix pour s’exprimer, sans voix pour représenter dans une assemblée, sans voix pour manifester. Ici je voudrais vous parler de l’infinie minorité, de celle qui jamais n’a le droit de siéger ; elle qui ne compte pas dans la collectivité, celle qui ne peut pas s’exprimer par ce biais là ; la voix que jamais on entendra ici ou là.
Et pourtant cette voix est là, elle existe toujours. Cette voix est infinie minorité car elle est absolue particularité. Cette voix n’est audible que par celui qui la porte en elle. Toi ou Moi. Mais cette voix, notre voix, ne se confond pas. Il n’y a que Toi ou Moi pour entendre chacun notre propre voix. Cette voix ne cesse en nous de couler, source vive qui trace cette voie que Toi ou Moi sommes seuls à pouvoir observer.
C’est cette voix qui nous fait lever les yeux vers le lointain et qui nous murmure « pourquoi pas ». C’est cette voie unique, dont soit nous nous détournons, soit nous tachons d’emprunter parmi les échos assourdissants de la vie. Cette voix qui suggère qu’on le veuille ou non. Cette voix est la notre et ne pourra être confondue avec quiconque, ni même qu’on ne pourra jamais nous arracher. Jamais elle ne sera généralité, partagée ou volée. Cette voix est notre. C’est Toi. C’est Moi. Une voix que nous nous efforçons de reconnaître en chacun. Une voix qui porte nos actes vers l’extérieur mais qui reste tapie en notre fort intérieur. Un cadeau sans prix, un trésor qui ne nous quittera jamais, qu’on ne nous enlèvera jamais, seulement nous la faire oublier ou négliger d’écouter. Cette voix est notre intériorité, celle qui fait notre spécificité, le mouvement qui nous amène à nous bâtir, à apprendre et découvrir. Vibration intérieure qui nous pousse vers l’extérieur, c’est aussi la voix qui cite pour nous la beauté. C’est la voie de la valeur du Toi ou du Moi, car c’est cette voix que nous reconnaissons, apprécions et respectons à nous même comme à autrui. Tellement présente et indispensable qu’on l’oublie parfois comme une vérité absolue, réel comme le soleil sur notre peau nue. C’est ce qui nous fonde en tant que minorité élémentaire et unique, c’est cette harmonie invisible qui nous rend perceptible sur le chaos du monde et qui nous appelle – pour nous réaliser – à le parcourir et s’en détacher.

Mardi 9 Mai 2006

Morale, science et art

Ci-dessous un extrait de La Sagesse Qui Rit de Han Ryner :

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Dimanche 26 Février 2006

Pauvre individu !

Pauvre individu ! Aux pieds de ta mère tu vois ton père et tes frères rejoindre les hommes rassemblés pour la guerre. Pauvre individu ! Au fond de ton lit tu entends les sanglots et les appels à la vengeance des femmes. Pauvre individu ! Ecoute les paroles des prêtres t’apprendre ce qu’il faut croire. Pauvre individu ! Ecoute ton maître d’école t’enseigner ce qu’il faut savoir. Pauvre individu ! Au dessus de ta tête flottent sévèrement les autorités qui te rappellent ce que tu es, où tu te places et ce que tu dois faire et ne pas faire. Pauvre individu, à peine adulte et déjà courbé sous le poids moral d’innombrables tuteurs menaçant chargés de savoir mieux que toi ce que tu es et où tu vas…
A la guerre ! Pauvre individu ! Uniforme parmi les uniformes, sombres silhouettes pressées sous un drapeau et sous un ennemi invisible à haïr. A dessus de ta tête les bruits de canons, des clairons, des porte-voix des généraux. Pauvre individu ! Où es-tu ? Tes biens fondus en symboles d’outils de travail dorés destinés à orner les monuments et les bureaux des politiciens, et toi à gratter la terres à mains nues. Pauvre individu ! Courbé par le labeur, tu vois les cercueils de tes enfants défiler dans l’aube. Pauvre individu ! On te dit que ton sang, ta souffrance et ce vide c’est pour le bien de toutes ces choses au dessus de ta tête : tous ces drapeaux et ces symboles resplendissants par la teinte de ton sang et de tes larmes.

Pauvre individu ! Les siècles passent, les révolutions se font avec ta souffrance, mais ton nom n’apparaît jamais dans les livres qu’on appelle Histoire et qu’on enseigne aux enfants pour leur apprendre tout que qu’il faut savoir, respecter et craindre. Pauvre individu ! Que de changements et toujours quelqu’un au dessus de toi, à craindre et à obéir. Quelqu’un pour t’emmener à la guerre tuer des gens que tu ne connais pas mais que tu dois haïr. Quelqu’un pour voler tes biens, et te dire comment élever tes enfants. Quelqu’un pour te dire qui tu es et ce que tu dois. Pauvre individu ! Tes tourments ne semblent pas avoir de fin. D’époques en époques, de siècles en siècles, tu dois encore baisser la tête sous l'ombre d'un nouveau maître.

Pauvre individu ! Tu dois encore de plier à la multitude de tes semblables - Majorité. Tu dois encore participer à ces messes où ta voix se mêle à celles des autres, où on te dit de ce résigner, où on te presse de craindre, où ton offrande est imposée, où on te dit qu’aujourd’hui est mieux qu’hier et où tu acceptes volontiers toutes les autorités qu’on te met encore et toujours au dessus de ta tête respectueusement baissée. Car c’est pour ton bien, on te le répète encore et encore.

Pauvre individu ! Pourtant tu ressens de la joie lorsque tu t’accomplis. L’amour d’une personne, la compassion, l’entraide, l’amitié, la fierté, le rire… Tout ceci est ce que toi seul ressens. Tout ceci n’a un sens que pour toi, individu. Elémentaire vérité, que depuis toujours on te martèle incessamment d’oublier au nom d’impossibles chimères collectives.

Pauvre individu ! Tant d’efforts pour que tu en viennes à justifier ta négation et ta dissolution au sein d’un grand tout. On voudrait te faire croire que tu es semblable à la masse, mais rien, ni personne n’est identique à toi même. Ton univers intérieur est unique et seulement celui-là prévaut. Il n’y a rien au dessus de toi. Rien d’autre ne compte au dessus de toi-même. Ceux qui te disent le contraire sont soit des hypocrites, soit des naïfs, soit des criminels. Plongé dans le quotidien, seuls tes actes sont réalités car toi seul existe réellement et non pas ces vains symboles qu’on t’agite sous le nez pour te faire marcher dans le sens de ceux qui voudraient te manipuler. Pauvre individu ! Tu es si loin d’être pauvre. Tu es la mesure, l’unité qui façonne la réalité. On voudrait encore te le faire oublier ! Tu es le seul élément spécifique, tangible et immuable qui traverse tout les siècles de l’humanité. Les époques passent et les mensonges au dessus de ta tête changent comme les nuages vaporeux ne devraient jamais te faire oublier toi seul est réel. Grand individu !

Samedi 14 Janvier 2006

Honni soit-il

Il y a quelque chose de paradoxal dans la volonté de vouloir faire prospérer la culture en la fonctionnarisant, car une telle action revient au final à nier ce qui fait le terreau de toute culture : l’échange et la diversité.

Enfermer à grand frais la culture dans des centres « culturels » c’est quoiqu’on en dise la réduire à des lieux bien déterminés où seules des personnes bien autorisées sont habilités à exposer à d’autres personnes bien autorisées. L’échange en est d’autant plus réduit que le spectateur est cantonné à son rôle de récepteur et l’artiste à son rôle d’émetteur. Bref, échange d’autant plus restreint qu’il en est unilatéral. D'ailleurs, peut-on même encore parler d’échange lorsque le « récepteur » (le spectateur) en retour n’a quasiment aucune influence directe sur l’artiste piégé dans sa tour d’ivoire subventionnée donc quasiment totalement déconnecté d’un mécanisme de feed-back sur son travail ? La création ici n’est plus vu comme un lien dynamique entre le spectateur et le créateur - résultante réciproque à des besoins personnels -, mais comme une barrière volontairement hermétique séparant de l’un de l’autre au lieu de les rapprocher.

De même, la diversité culturelle est un lointain souvenir puisque l’individu spectateur est lambda, au plus une généralité numérique pris en compte pour de vagues besoins de statistique à un lointain ministère sous influence plus ou moins avérée à un quelconque mécanisme de démocratique directe. Quelle diversité pourrait dans ce cas apporter chaque individu spectateur ? Quelle diversité également pour l’artiste, plié à une réglementation, devenu agrémenté, labellisé, et reconnu d’utilité publique destiné à seulement s’ébattre dans le jardin clos du zoo de la culture d’exception où le créateur fait office d’espèce désespérément stérile en voie de disparition ? Quelle diversité est permise lorsque la culture déclarée est de fait logiquement codifiée et où les rôles de chacun sont distribués à l'avance ? Quelle plus grande négation la culture fonctionnarisée a-t-elle instillé sinon celle de faire croire que sans elle point d’art tant est que sa fonction est justement d’en instiller sa propre négation : se passer d’échange et de diversité véritable ?

Quelle autre erreur que celle d’avoir cru qu’on pourrait sauver une forêt millénaire en en faisant une exposition de bonzaïs clonés derrière une vitrine ? Avons-nous bien mesuré ce qui faisait l’essence de la création et de la beauté ? Au fond, quel autre affront aurions-nous commis à nous-même sinon d’honnir la culture en croyant qu’elle pourrait un jour mourir ? Aurions-nous oublié qu’au fond, il n’existe seulement de culture que d’homme et d’autant de cultures que d’individus ? Mais encore faudrait-il vouloir ce dernier… libre.

Dimanche 4 Décembre 2005

La fable du chat

Ce matin là, alors que je commençais à progresser à travers les rues d’une ville encore endormie, je vis, au détour d’une rue pavée, une ombre tremblante longer le mur dans la pénombre précaire d’une aube d’hiver. J’avais devant moi un chat qui, - situation fort rare – au lieu de s’enfuir, comme tout animal de son espèce, venait à ma rencontre, fort mal en point à en juger par sa démarche. Dans le silence des ruelles nous étions aussi surpris l’un que l’autre. Instinctivement je laissai le chat me suivre jusqu’à mon appartement, j’ouvris la porte et le laissai entrer. Bientôt la ville commencerait à s’éveiller et déjà la rumeur de la foule s’amplifiait au loin. Je refermai la porte et repris ma route là où je l’avais laissée. Le soir, lorsque je revins chez moi, je n’y vis pas le chat. Disparu au fin fond de mon appartement, d’une cachette que lui seul connaissait. Le silence de la nuit se refermait sur cette journée. La journée suivante je restai chez moi, guettant une apparition autour d’une soucoupe de lait que j’avais pris soin de déposer avant de me coucher. Rien ne se passait. Etais-je seul ? Avais-je rêvé ? Le chat était-il parti ou même – vu son état - décédé ? Mon attente vaguement désœuvrée prenant des accents de veillée funèbre. Lassé, je m’endormis tard dans la nuit, le sommeil agité par des rêves troubles. C’est à regret que ce troisième jour je me décidai à quitter mon appartement pour aller travailler. Le quotidien m’avait pourtant appris à ne pas trop croire à l’impossible, ni à trop espérer. Mon ombre se fondait dans la grisaille de la foule pressée. La reprise du quotidien maussade me fit presque oublier cette histoire que j’avais classée dans le rayon des contes pour enfants rêveurs. Mais à mon retour je trouvai le chat qui m’attendait, assis sur la table. Et le chat se mit à parler :

“ Grâce à ton hospitalité j’ai pu suffisamment récupérer pour m’en aller déjà. Mais je dois avant cela te remercier de m’avoir tiré de ce mauvais pas. Tu n’étais d’ailleurs pas obligé de le faire. Cela fait si longtemps qu’on vous appris à vous méfier de nous. De ce fait, nous autres de mon espèce n’avons pas notre place ici. Ici on dit de nous que nous sommes des parias, des dangers. On nous chasse. La majeure partie des tiens m’aurait livré aux canidés. Ce sont eux qui ont pris la place ici, y compris – et surtout - dans vos esprits. Vous les laissez s’occuper de toutes les facettes de votre vie, vous laissez guider par eux et vous les laissez vous aboyer des ordres. La plupart d’entre vous trouvent ça normal. Il y avait, et il y aura toujours des canidés mais aujourd’hui ce sont eux qui dirigent tout et les chiens de berger se confondent avec les loups ; faut-il rappeler qu’il s’agit de la même espèce ?. Ton espèce n’en a que pour les canidés et vous nous avez alors chassés, y compris – et surtout - dans vos cœurs. Mais à la différence des chiens nous ne gémissons pas. A la différence des loups nous ne chassons pas en bandes. Et on nous hait pour ça. Aujourd’hui les canidés s’entendent avec les rongeurs qu’autrefois nous chassions. Mordre et grignoter. Gronder et ronger. Intimider et voler. Les deux faces d’une même pièce reçue en échange de ce que vous avez cédé. Désormais dans vos têtes et vos cœurs, trop de canidés et de rongeurs, comment nous autres pouvons-nous encore survivre en ces lieux ? Mais je ne t’accable pas car tu étais là et tu m’as aidé. Ce que tu as fait, personne ne t’a obligé à le faire, cela ne t’as été ni ordonné, ni soutiré. A ce moment là aucun animal, ne s’est emparé de toi. Je m’en vais comme je l’ai toujours fait, car je ne suis lié à rien d’autre qu’ à moi-même. Je ne te donnerai pas de cadeaux en guise de remerciement car tu t’es déjà toi-même offert le plus grand d’entre eux.

Et je laissai le chat repartir dans la nuit.

Dimanche 27 Novembre 2005

La fable des petits enfants

Vous avez sans nul doute déjà croisé de ces sorties de classe où des petits enfants en rang deux par deux, main dans la main sont encadrés par des professeurs et parents ? Avez-vous cependant réalisé la troublante analogie avec la relation qu’entretiennent les français vis-à-vis de l’autorité ? Absurde ? Et pourtant, la similitude est frappante quand on observe la France telle qu’elle est menée par nos dirigeants : un troupeau de petits enfants plus ou moins en ordre à qui on a ordonné de se donner la main (le système sociétal français) et qu’on encadre à l’aide d’adultes (les fameuses institutions) à la bienveillante vigilance pour en garder la cohésion. Tout ceci a dû être formidable sur le papier, mais la réalité est ce qu’elle est. Tout d’abord traiter des adultes comme étant des petits enfants c’est les conforter dans leur irresponsabilité et donner raison à des institutions et un système condamné par avance à la faillite. Dans ce cadre là, il ne faut pas s’étonner des tentations d’abus des adultes encadrants à qui le système a donné le rôle de régner sur le troupeau docile de leurs prochains relégués à l’enfance perpétuelle, encourageant par là même l’attitude de bienveillant mépris des dirigeants à l’égard du « troupeau » (voire le qualitatif de « veaux » selon l’expression consacrée par un de nos plus célèbre dirigeant). Il ne faut pas non plus être surpris par l’attitude irresponsable des enfants – pardon – français, à qui on enseigne et presse tous les jours de rester en rang main dans la main et de réclamer en pleurnichant à un adulte au moindre problème. Bourré de calmant, à l’idéologie, ou à la subvention, le français continue à marcher en traînant les pieds sur la corniche de la falaise.

Mais il serait trop facile de voir la solution en un autre système global si tant est qu’ « il n’y a pas de méchant système, il n’y a qu’une somme de lâchetés individuelles ». Exit, les méchants d’un coté et les bons de l’autre. La solution existerait en chacun de nous si tant est que la résultante des comportements de chacun façonne le monde qui nous entoure. La solution est par conséquent individuelle. Le reste, c'est-à-dire le résultat de la construction de la société, tel qu’on peut le constater, est donc du ressort de chacun et donc de la responsabilité individuelle.

Et c’est bien la responsabilité individuelle est la clé. Car plus grand tort de notre société actuelle est, dans sa logique même, de n’avoir jamais fait confiance à l’individu. Comme à un adulte condamné à l’enfance perpétuelle, la structure de notre société a voulu voir en lui, soit dans la société civile un enfant irresponsable, soit s’il participe à un haut poste à une institution d’Etat un adulte encadrant bienveillant le petit troupeau d’enfant, autrement dit à un « petit parent du peuple ». De ce fait, toutes les solutions viennent « des grands » pour peu que les enfants restent sages, en rang et continuent à se tenir la main tout en obéissant aux directives bienveillantes et clairvoyantes « des grands ». Atroce, lorsqu’on sait que l’on parle d’individu adultes de part et d’autre.

A force de vouloir écarter l’individu à tout prix, notre société s’est mise à volontairement briser ce qui fait la construction de l’individu : la confiance en soi. La confiance du maître l’a insidieusement et logiquement remplacée. Voilà ce que les hommes déguisés en maître s’évertuent à faire oublier à leurs semblables qu’ils considèrent comme de petits enfants qui doivent toujours se donner la main en rang et d’écouter les grands.

Mardi 18 Octobre 2005

Devil Inside

Zonel, vaisseau fantôme virtuel n'en fini plus d'aller à contre courant de l'effervescence typique d'une rentrée qui s'envole déjà à tire d'aile. Cependant, fidèle à sa nature, l'eau dort sous les ponts et les chats sur les quais ne dorment que d'un œil… Les portes s'ouvrent sur la valse des sacs de voyage. Alors que Harry Tuttle me fait un signe virtuel entre deux gateways, je viens à peine de mon coté de trouver le temps de poster depuis un cybercafé.

Regardez les grands méchants des histoires ou des films et leurs incroyables machines infernales dont le but est d'asservir l'humanité et de se rendre de fait les maîtres du monde. Dominer les hommes à l'aide de l'exécution d'un stratagème machiavélique voilà le but des grands méchants des films. Souvent cela passe le plus souvent par la violence d'une arme ou armée à grande échelle. Mais pas toujours...
Dans la réalité de notre société civilisée, point d'armée ou d'arme diabolique sous la coupe d'un savant fou. Cependant, d'aucuns n'aurait la naïveté de croire que la volonté chez certains d'asservir son prochain n'existe que dans les films. Tout porte à croire qu'il existe bel et bien des individus qui désirent se faire maîtres de l'humanité et ce, à l'instar des chefs de guerre et autres sinistres dictateurs, sans la moindre armée, ni violence. Ceux là utilisent les armes de la société civilisée : le langage et ses représentations, théoriques, culturelle. Alors, me direz-vous comment dominer l'âme humaine à coup de mots ?
La première grande subtilité est de trouver une faille dans l'âme humaine. La seconde est de faire croire à la victime au bien fondé de son sacrifice ou encore de lui en faire venir à réclamer son châtiment, bref, à faire de la victime consentante son propre bourreau.
Comment briser l'homme à l'intérieur de l'homme? Plusieurs manières :
La première est par exemple de tuer en l'individu tout idéal et le persuader de sa propre nullité. Tuer toute aspiration en l'individu, lui enlever toute intégrité vis-à-vis de ses idéaux. Toute personne ayant un idéal, quel qu'il soit, le simple fait d'en être dépossédé, convaincu de sa nullité, et persuadé d'un renoncement coupable, fini par détruire l'individu de l'intérieur. L'un des moyens de détruire l'idéal d'un individu est de le persuader par exemple que l'idéal le plus hautement appréciable doit être l'oubli de soi. Comme l'oubli complet de soi est impossible, et comme il nie par définition l'idéal individuel, l'homme se trouve piégé dans la cupabilité d'une part et un idéal inatteignable d'autre part. Dès lors, le sujet désespéré renonce à ce qui fait de lui un individu à part entière (la poursuite d'un idéal personnel), perd sa confiance en lui et est fin prêt à obéir : à suivre un chef.
La seconde manière est de tuer en l'homme tout sens propre des valeurs. Empêchez-le de vouloir discerner ce qui est pour lui grand et beau chez les autres. Convainquez-le qu'il n'a pas la capacité d'évaluer, de juger. Empêchez-le de juger selon ses propres valeurs, goûts, intérêt. Découragez-le en ce sens de manière à l'amener à abandonner son avis à des ministères de la beauté, des directeurs de consciences, des diplômes de l'excellence, etc... Persuadez l'homme de s'en remettre son jugement entre les mains d'autres - censé mieux savoir que lui-même ce qui est bien pour lui. Organisez au mieux toute la société autour de cela et de ce fait vous découragerez très vite l'homme de disposer d'un goût personnel pour le perfectionnement, et de progrès.
Pour résumer, sachez enfin que le maître mot pour briser un homme est de le convaincre de son renoncement. Renoncement en particulier pour ce qui le rend heureux. Le bonheur se suffit à lui-même. De ce fait, un homme heureux est un homme libre. Il faut donc arracher à l'homme tout ce qu'il aime, lui faire renoncer à cela, par la cupabilité ou la persuasion. Tuer en l'individu sa joie de vivre personnelle, lui empêcher d'accomplir tout désir. Bâtir une doctrine basée sur la souffrance et le sacrifice de l'individu, lier par ce biais les hommes brisés entres eux et vous serez le maître du monde, enfin, du moins le dernier individu sur terre… dans tous les sens du terme.
Voilà cher lecteur une petite digression qui pourrait aboutir sur le fait que les Darth Vador et autres Doctor No peuvent aller se rhabiller question plan infernal pour asservir l'humanité, la réalité dépassant toujours la fiction...

Mardi 4 Octobre 2005

Confusion, amalgame, savon

Assister aux discussions de fin de repas entre collègues a parfois quelque chose frustrant et de surréaliste. On se prend à écouter sans toutefois pouvoir intervenir tant la pelote des propos tissés est complaisamment agglomérée dans la glue des idées reçues, si bien qu'on a la désespérante impression de se retrouver devant un meuble en kit dont on aurait la moitié des pièces, la notice en japonais, et dont il faudrait monter le tout en 5 minutes chrono juste avant de reprendre le boulot.
Le sujet lancé était - enfin je crois - la fâcheuse tendance de beaucoup de français à ne pas nourrir un sentiment de reconnaissance et de fierté dans le pays inscrit sur leur carte d'identité (à savoir, la France, pour ceux qui suivent). Certain d'entre eux, ne se sentiraient même pas français. Dès lors, un de mes interlocuteurs avançait qu'aux US et malgré là bas un communautarisme bien connu, tout le monde - malgré ses différences de culture - est plutôt fier de son pays d'accueil : on hésitait pas à arborer le drapeau, ses couleurs, à chanter l'hymne national et au final à se sentir américain. En France, disait-il, c'est le contraire, on n'oserait jamais montrer le drapeau sans se faire prendre à coup sûr pour un militant d'extrême droite. Le sentiment national, concluait-il, est quasi absent d'une grande majorité de notre population et y compris, glissa-t-il, d'une frange de la population " nouvellement " française. Un autre de mes voisins de table acquiesça. Il y a de quoi s'inquiéter, disait celui là, jusqu'où cela peut-il nous mener, et cela expliquerait pour beaucoup chez certain cette tendance à l'incivilité, d'une part et chez d'autre ces grèves à répétition, d'autre part. L'avis de toute la tablée était que le fléau était cette absence de sentiment national dans la culture française. Après un instant de flottement, vint enfin la solution toute trouvée apportée sur un plateau d'argent : tout est de la faute aux programmes nationaux d'éducation depuis 30 ans. Il faut restaurer l'éducation civique et le chant national dans des classes laïques et tricolores. Bon sang mais c'est sûr, c'était si simple et d'ailleurs l'heure de la pause déjeuner sonnant, nous nous séparâmes sur ces bonnes paroles, tous satisfait et entendus, à l'exception de moi qui n'avait eu le cœur - ni l'estomac - de décrocher un mot ni quoi répondre devant l'incroyable tournure de la discussion … Ah ! une bonne vieille mesure politique, une de plus dans la mer de l'étatisme où comme le noyé crie encore au naufrage et réclame un verre d'eau au passage.
Voilà comme tout fini dans l'ordre et l'unité publique restaurée, la nation sauvée, tous les mêmes, plus de problème, des citoyens tous unis dans le même sentiment d'unité et d'allégeance au drapeau, la grandeur d'une civilisation c'est beau comme un hymne de fin de repas. Quelle grande idée de l'individu… Et moi qui pensais naïvement que les sentiments tels que la fierté et la solidarité étaient par définition de l'ordre de l'intime, donc propres à chacun et qu'aucun programme collectif ne peux véritablement forcer. Moi qui pensais stupidement que les individus n'avaient pas besoin d'un hymne guerrier pour se comprendre, moi qui pensais que les individus n'avaient pas obligatoirement besoin d'un drapeau pour se réunir et s'entendre…
Mais je doute tout de même que le sentiment national guérisse bien des maux, et en premier lieu ceux de mon l'estomac après coup.

Lundi 18 Juillet 2005

ZoneL podcast n°1

Bientôt un an ! ZoneL va très prochainement fêter sa première année d'existence. Harry et moi voulions trouver une façon originale de marquer l'évènement. Nous n'avons pas eu à chercher bien loin, car depuis quelques semaines un phénomène blogosphèrique revenait fréquemment dans nos discussions : le podcasting. Emballés à la suite d'écoute des podcasts de quelques blogs amis, cédant à la tentation de la nouveauté (je l'avoue bien volontiers Harry et moi avons une fâcheuse tendance à geekitude), le presque-anniversaire de ZoneL constituait le prétexte idéal pour se jeter à l'eau. ZoneL, le blog qui - comme les chats - ne dort que d'un oeil, a eu pour l'occasion du ouvrir les deux, s'étirer et miauler. Après quelques branchements, incidents et essais techniques (le matériel à disposition étant quelque peu précaire), voici le premier podcast Zonélien, véritable extension vocale de l'esprit de ce blog. Il se pourrait peut-être que nous retentions l'expérience, mais les chats sont imprévisibles, n'est-ce pas ?
Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne écoute.
Bienvenue dans la Zone Libre.

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Mercredi 25 Mai 2005

The Machinist

Trevor Reznik, ouvrier dans une usine, n'a pas goûté au sommeil depuis 1 an. Maigrissant de jour en jour, n'ayant aucun ami, il partage sa vie entre la cafétéria de l'aéroport et son travail. La fatigue le rend la proie de phénomènes particulièrement étranges, notamment des post-it que quelqu'un semble lui laisser sur son frigo... Mais ce n'est pas son seul problème: Reznik ne peut pas s'empêcher d'avoir le sentiment que quelqu'un lui en veut. Au fur et à mesure, sa peur et une série d'événements bizarres transforment sa vie en un cauchemar. Mais comment se réveiller d'un cauchemar quand on n'est pas endormi ?

A mis chemin entre triller et fantastique, The Machinist (réalisé par Brad Anderson) est un film immédiatement remarquable au moins à deux titres : la photographie superbe aux couleurs délavées, et une incroyable performance de l'acteur Christian Bate (American Psycho, Equilibrium…), ici méconnaissable, qui n'a pas hésité à perdre le tiers de son poids pour incarner le protagoniste décharnée et inquiétant.
The machinist montre le parcours énigmatique de Trevor Reznik, un personnage hanté, sans cesse sur la brêche entre fuite et enfermement, naviguant de manière cyclique dans un monde terne à l'atmosphère glaciale. Parcours progressif dans l'étrange à demi halluciné, où la vérité s'éparpille comme du verre brisé tout au long du récit, jusqu'au terme de la reconstitution d'un puzzle à la vérité terriblement limpide, libèrant enfin l'esprit du héros en même temps que celui du spectateur. Il est d'ailleurs conseillé de revoir le film une seconde fois pour goûter toutes les formules étranges et récurrentes épaillées sur le chemin du héros, formant à la fois la trame du récit et les échos métaphoriques de la vérité tapie dans son esprit. Subjectivité, angoisse, univers intérieur projeté, atmosphère décalée, les références ne manqueraient certainement pas ; citons Lynch, Kafka, Fincher, pour les plus évidentes, me semble-t-il. The Machinist est cependant un film réussi où le jeu d'acteur de Bate contribue à enlever le film de ses codes référentiels manqués et le hisse au rang des films réellement prenants, intéressants et originaux.




Voir le trailer du film ici.

Samedi 30 Avril 2005

Code 46


Code 46 de Michael Winterbottom décrit un avenir proche, où la plupart des cités sont seulement accessibles à travers des checkpoints. Les populations qui y vivent sont dûment enregistrées et résident dans des appartements aseptisés. En dehors des villes, de vastes zones désertiques où sont relégués les exclus, les sans-papiers. Les échanges sont devenus contrôlés, et les villes sont tellement surpeuplées que pour vivre et voyager entre ces dernières il faut posséder un visa spécial, qui est à la fois un passeport et une police d'assurance. Ceux qui en sont privés doivent vivre dans ces campagnes désertifiées par le réchauffement de la planète. Visiblement, la technologie a sensiblement évolué dans le secteur biologique et médical. D'ailleurs, l'un des règlements dans ce domaine a pour nom Code 46 : loi élaborée suite à la prolifération des êtres humains créés via fécondation in vitro ou clonage.

William (Tim Robbins), enquêteur pour la compagnie gouvernementale Sphinx, vit à Seattle avec sa femme et son fils. Doté d'une " particularité " qui lui permet de lire dans les pensées, il est envoyé à Shanghai pour enquêter sur un marché noir de faux visas. Il découvre que le faussaire est Maria (Samantha Morton), une employée de Sphinx. Fasciné par cette étrange jeune femme, William se refuse à la dénoncer et va se laisser entraîner dans une histoire d'amour sans issue où il découvrira un étonnant secret sur Maria.

Code 46 est un drame sentimental futuriste. Son ton volontairement aérien, concis, détaché et moralement neutre, permet de se focaliser sur le seul point de vue des deux personnages protagonistes : William et Maria. Aillant les qualités de ses défauts, Code 46 marquera par la beauté aseptisée des images (Shanghaï la nuit, mégalopole de verre et d'acier), le rythme lancinant de la musique et du montage, l'extrême délicatesse des rapports entre les personnages. Tout ceci contribue à rendre plus terrible cette histoire d'amour impossible. La tristesse est encore amplifiée par la perspective effrayante d'un futur entièrement dirigé par l'irrésistibles et pernicieuses " méthodes douces " entièrement basées sur les règlements génétiques utilitaires.
A noter que le langage anglais parlé dans le film emprunte nombre d'expressions et mots d'autres langages (français, espagnol, chinois...). Cet anglais mutant évoque une impression d'étrangeté déracinée sur le monde dépeint.

Certes, on aurait peut-être aimé un peu plus de précision sur le monde, des personnages un peu moins distants et une fin moins rapide. Néanmoins, Code 46 a pour lui un récit original posant son interrogation - non moins originale - à propos d'une société future dont les comportements humains seraient réglementés de manière absolue par une norme générale d'utilité. Un film esthétique qui se laisse libre à méditer.

Lundi 24 Janvier 2005

L'insoutenable légèreté de nos maîtres

Hier après-midi, Michel Drucker a invité le Premier Ministre dans son salon télévisé du Dimanche. Personne ne semble s'étonner que les hommes politiques s'invitent quand ils veulent sur les plateaux de télé...

J'ai assisté le sourire en coin à la leçon moraliste républicaine de marche, de bonne santé et de bonne humeur de notre suzerain, quand soudain, surfant sur la vague des insoutenables Choristes et du retour de la bonne vieille droite à l'ancienne, Yves Duteil nous a balancé sa dernière purée Mousseline sonore, ce qui n'était déjà pas facile à supporter, mais ça n'était pas ça le summum de l'horreur. Ce summum c'était un duo entre Madame Raffarin en personne et Yves Duteil qui chantaient l'imbuvable Prendre un enfant par la main le tube pédosocdem du chanteur officiel de l'UMP. De sa voix angélique, acompagné par Yves et une chorale d'enfants, la très sympathique Madame Raffarin a chanté ce qui m'apparaît comme l'hymne mutant de notre social-démocratie en plein effondrement. Tous ces gens aussi gentils, aussi sympathiques, aussi sincères, aussi unanimes autour d'une cause si juste! C'est bien ça le danger... Je me demande quand son admirable interprétation sera déclarée d'intérêt public et offerte en cadeau à tous les français avec leur feuille d'impôts, pour les remercier de leur docilité. Ma première pensée a été à ce passage de Kundera dans L'insoutenable légéreté de l'être:

«Le sénateur n'avait qu'un argument en faveur de son affirmation: sa sensibilité. Lorsque le coeur a parlé, il n'est pas convenable que la raison élève des objections. Au royaume du kitsch s'exerce la dictature du coeur. Il faut évidemment que les sentiments suscités par le kitsch puissent être partagés par le plus grand nombre. Aussi le kitsch n'a-t-il que faire de l'insolite; il fait appel à des images clés profondément ancrées dans la mémoire des hommes: la fille ingrate, le père abandonné, des gosses courant sur une pelouse, la patrie trahie, le souvenir du premier amour. Le kitsch fait naître tour à tour deux larmes d'émotion. La première larme dit: Comme c'est beau, des gosses courant sur une pelouse ! La deuxième larme dit: Comme c'est beau d'être ému avec toute l'humanité à la vue de gosses courant sur une pelouse ! Seule cette deuxième larme fait que le kitsch est kitsch. La fraternité de tous les hommes ne pourra être fondée que sur le kitsch. Nul ne le sait mieux que les hommes politiques. Dès qu'il y a un appareil photo à proximité, ils courent après le premier enfant qu'ils aperçoivent pour le soulever dans leurs bras et l'embrasser sur la joue. Le kitsch est l'idéal esthétique de tous les hommes politiques, de tous les mouvements politiques.

Dans une société où plusieurs courants coexistent et où leur influence s'annule ou se limite mutuellement, on peut encore échapper plus ou moins à l'inquisition du kitsch; l'individu peut sauvegarder son originalité et l'artiste créer des oeuvres inattendues. Mais là où un seul mouvement politique détient tout le pouvoir, on se trouve d'emblée au royaume du kitsch totalitaire. Si je dis totalitaire, c'est parce que tout ce qui porte atteint au kitsch est banni de la vie: toute manifestation d'individualisme (car toute discordance est un crachat jeté au visage de la souriante fraternité), tout scepticisme (car qui commence à douter du moindre détail finit par mettre en doute la vie en tant que telle), l'ironie (parce qu'au royaume du kitsch tout doit être pris au sérieux), mais aussi la mère qui a abandonné sa famille ou l'homme qui préfère les hommes aux femmes et menace ainsi le sacro-saint slogan "croissez et multipliez-vous". De ce point de vue, ce qu'on appelle le goulag peut être considéré comme une fosse septique où le kitsch totalitaire jette ses ordures.»

Le kitsch, c'est le plus petit dénominateur commun esthétique, formaté, gentillet, immonde, c'est la bombe atomique du collectivisme artistique. Ses armes conventionelles sont le fragmentaire, l'informe et le laid, mais on sait dès que le kitsch commence à apparaître que la société est dans un stade avancé de décomposition collectiviste. Atermoiments altruistes pour petits protégés de l'État à gauche et geignements réactionnaires au romantisme de pacotille pour les bobos de droite: kitsch à tous les étages au pays de la morale républicaine et jacobine, dans l'empire de la paperasse, au maquis des honnêtes gens.

Dans le manuel de résistance au socialisme de l'art de ZoneL:

Ne perds jamais ton humour, l'oppresseur n'en a pas.
Si tu ne ressens que la haine, tu es manipulé, inquiète toi.
Ne sous estime pas le pouvoir hypnotique du kitsch. Fuis le kitsch et tu fuira l'oppression.
Dès que tu vois des gens rassemblés unaniment autour d'un drapeau ou d'une cause, fuis.
Dès que tu vois un bébé, un animal, un bébé animal, fuis.
Ne hurle pas avec loups, on veux te faire croire en un bouc-émissaire qui portera toutes les fautes de l'oppresseur.
Fuis la haine et ceux qui s'en délectent comme la peste qu'elle est.
Dès que tu entends d'angéliques voix chantant unanimement notre fraternité, fuis.
Cherche l'insaisissable, le mystérieux, l'éternel.
Cherche ce qui est sous tes yeux.

Vendredi 21 Janvier 2005

Libéraux précaires

Je l'avais déjà dit dans le premier post de ce blog, pour les gens, le jeune libéral, c'est le crétin conformiste de bonne famille, en mocassins à glands, qui va dans des écoles de commerce prestigieuses apprendre à être un winner pour pouvoir reprendre la boîte de papa plus tard. Le type en costard cravate coincé avec un sourire commercial qui veut réussir dans le monde de l'entreprise. Son but principal dans la vie c'est bien sûr l'argent. IL veut en gagner le plus possible, si possible en écrasant des faibles et des pauvres au passage. Rien ne le fait plus jouir que de penser au familles entières de pauvres du tiers monde qu'il fait cruellement mourir à coups de délocalisations magouillées et de spéculations boursières machiavéliques. À l'occasion, il ne déteste pas s'acoquiner avec le droitisme le plus étatiste parce qu'il préfère Florent Pagny à Renaud et que de deux maux il paraît qu'il faut choisir le moindre.

Évidemment, tout ça est faux. Enfin, tout... Il y a encore quelque mois, je vous aurait dit que cette image était entièrement fausse mais je dois faire mon mea culpa. Gauchistes, non-libéraux, je vous le dis en vérité et humblement, ils se peut que vous ayez eu un début de poil de iota raison pour une fois. En fait il se pourrait bien que certains libéraux ne soient pas vraiment libéraux, mais plutôt de droite. C'est stupide mais c'est comme ça. Il se pourrait même que des crétins mutants de 21° siècle deviennent libéraux en n'ayant du libéralisme que la définition fausse de la télé. Vous seriez surpris par le nombre incroyable de gogos prêts à gober que le libéralisme est de droite! Évidemment, les mocassins à glands ne sont jamais bien loin...

Il faut dire qu'en France, et ça m'est arrivé évidemment, les gens qui deviennent libéraux passent souvent par une phase de focalisation sur le rejet de tout ce qui est majoritaire en France, quite à se trouver dans des situations paradoxales comme soutenir des étatistes de droite, surtout atlantistes, contre des étatistes de gauche alors que le libéralisme, c'est justement le rejet du politique, non? Je nomme ceci sous vos yeux ébahis "le stade anal du libéralisme français". Certains y restent, d'autres pas, ainsi va la vie. Je remarque quand même que parmi ceux qui en sont restés au stade anal du libéralisme, il y aurait quand même une proportion plus grande de porteurs de mocassins à glands... Des gens pour qui mettre "anal" et "gland" dans la même phrase c'est forcément un problème, vous me suivez, bande de Petits Freluquets?

Quoi qu'il en soit, la réalité, c'est que beaucoup de libéraux, surtout les jeunes, tout comme les impécunieux propriétaires de ce blog, sont plutôt du genre fauchés comme les blés. Le type dont le pseudo-libéral de sketche de Karl Zéro ou du journal de Moustic décrit plus haut penserait qu'il est un gros loser avec ses fringues d'il y a deux ans et ses pompes achetées en solde. À peine réveillé à 15h, pas rasé, le sac en plastique du petit casino bourré de pizzas surgelées, le libéral précaire a raté le train de la bureaucratie, et il se pourrait même qu'il l'ait fait exprès. C'est normal: quand on aime la liberté et qu'on a autre chose en tête que la politique on pense pas forcément à se fabriquer une carrière. En plus quand on est individualiste, on pense que son travail et sa volonté suffiront toujours à nourrir son homme...

Colossale erreur au pays du jacobinisme et de la bureaucratie tentaculaire.

Ce qu'il faut pour ne pas se retrouver dans la précarité dans ses vingt ans, c'est venir d'un milieu où on a compris et accepté les règles du jeu, le summum étant évidemment les milieux politiques, d'affaires, la fonction publique en général et l'éducation nationale en particulier. Ce qu'il faut, c'est choisir une carrière pépère à quatorze ans et de ne pas dévier en chemin. Celui qui saura creuser le même sillon de formulaires, concours et carcans aura le paradis français: la titularisation en tant que fonctionnaire, ou des subventions assurées. Malheur en revanche à celui qui compte sur sa capacité à s'adapter, à apprendre, à évoluer!

Alors nous voilà, nous les libéraux précaires, désargentés notoires. Prompt à élaborer mille posts exaltés sur l'individualisme humaniste, amoureux de l'amour, nerd, artiste, glandeur ou travailleur pauvre, le jeune libéral moderne n'a aucune idée comment faire pour gagner de l'argent dans une social-démocratie. Effrayé par les hordes de loups bureaucrates qui l'entourent, il préfère consacrer la meilleure partie de ses allocs, de son RMI ou de son SMIC à payer une connexion à haut débit, des livres, des places de ciné, de la bière ou toute autre chose dont cet amoureux de la vie saura mieux profiter que le bobo aigri qui le subventionne indirectement.

Me voilà enfin au nœud du problème. Le jeune libéral précaire, incapable de s'adapter à l'inique système social démocrate, travaille de temps en temps pour des bobos, des requins soixante huitard qui ont eux tout compris aux règles modernes du conformisme et de la bienséance. Normal me direz-vous, c'est eux qui les ont élaborées après tout. Ces précieuses ridicules postmodernes passent leur journées à se faire du fric avec leur boîtes ramasse-subventions montées dans les années 70, et leurs soirées à maudire l'argent et le vice de la cupidité autour d'un repas bio sans télé. Certains ne sont pas dupes, mais d'autres sont assez naïfs pour croire vraiment à tout ça. Dépressions à répétition, dons à des ONG, militantisme écologiste, rien n'y fait: ces bobos ont mauvaise conscience, et ils souffrent.

Dans un souci d'échange volontaire mutuellement profitable, Jerome et moi avant humblement mis au point cette campagne, qui se propose de soulager les esprits chagrins socialistes de tout le malheur que leur argent leur procure, en proposant d'en faire don aux libéraux impécunieux à qui l'argent ne pose aucun problème moral, mais n'ont strictement aucune idée sur la façon dont on le gagne dans notre société.

Vous êtes libéral, individualiste, je-m'en-foutiste? À la rue, sans le sou, fauché? Ruiné, exproprié, exploité? Vous êtes au RMI, au SMIC, vous touchez les allocs? Vous préférez votre liberté à leurs avantages acquis, quitte à être sec les 30 derniers jours du mois? Mettez cette bannière sur votre site pour arborer fièrement votre appartenance au petit peuple des damnés de la terre libéraux! Montrez aux socialistes en quête de rédemption que vous êtes plus magnanimes qu'eux!

Vous êtes socialiste, bobo, soixante-huitard? Des marchés publics vous ont laissé riche? Un héritage innatendu vous a rendu millionnaire? Vous avez détourné de l'argent public? Vous ne dormez plus la nuit, vous culpabilisez, vous achetez des fringues chez Tati pour avoir l'air moins riche?

Nous sommes la solution. Donnez nous votre argent, et nous saurons quoi en faire. Vous pouvez être certain qu'il sera confié à des gens qui en comprennent la valeur. Une fois payées nos dettes, loyers et factures en retard, nous nous chargerons de le dépenser de façon pacifique, respectueuse et généreuse, créative et ludique, comme jamais un vrai socialiste ne saurait le faire!

Donnez maintenant et libérez-vous!







(au fait j'ai changé de nom, je m'appelle Harry Tuttle maintenant, plus Blogographe, j'ai mué - Harry Tuttle c'est le plombier dans Brazil de Terry Gilliam)

Dimanche 26 Décembre 2004

Charade

Je suis le fils du fils de celui qui connu la guerre,
et j'ai été élevé dans le mensonge.

J'ai appris que l'homme est un loup pour l'homme
et qu'on n'est jamais trop prudent.

On m'a dit qu'il valait mieux qu'un innocent s'inflige une punition qu'il n'a pas méritée
plutôt que de laisser ce soin à ses juges.

On m'a appris que pour s'approprier quelque chose il fallait le voler,
parce que les gens qui m'ont instruit n'ont jamais rien créé,
inventé ou découvert quoi que ce soit et qu'eux-mêmes
ne savent vivre que du vol et du pillage.
Le travail de ces menteurs
qui ne savent pas toujours qu'ils mentent,
est de perpétuer le mensonge,
d'éduquer et de récompenser les criminels,
et de punir les victimes et les innocents.

Je me suis sacrifié
en croyant que cela empêcherait les autres de souffrir,
et je suis devenu un esclave,
et tant qu'il ne s'agissait que de moi,
je me suis soumis,
mais le jour où j'ai dû à mon tour,
comme les autres,
devenir moi aussi un esclavagiste,
j'ai compris.

Mes semblables m'ont rejeté,
m'ont traité de monstre
parce que je ne voulais pas devenir un maillon
de la chaîne tyrannique.

Je ne collaborerai pas avec eux,
parce que la nation,
la famille,
la classe,
la race,
ne signifient rien pour moi.
Rien de ce qui n'est pas choisi ne compte.

Je ne veux être ni esclave ni esclavagiste.
La seule chose que je désire est la liberté,
et la liberté est ce qui s'obtient en la désirant d'abord.

Mon silence est plus fort que les injonctions,
les ordres,
et les slogans.
Je suis un avec le souffle des hommes.

J'ai déjà connu l'enfer et le paradis,
mais jamais l'abomination d'avoir pris du plaisir à faire du mal à un innocent,

On peut éteindre mon rire en me tuant,
mais son écho se répercutera sans fin sur les murs,
et un jour les échos de tous les rires feront enfin trembler
les noires forteresses.

Je suis celui que vous redoutez plus que tout,
je suis celui qui ne dit rien et ne fait rien,
et immobile et silencieux dans la foule,
je suis invincible.

je suis l'étranger,
le monstre,
l'insoumis,
l'insaisissable,
l'innocent,
l'ombre et le fantôme,
et je suis à vos côtés chaque jour,
pour vous chuchoter à l'oreille
ce que vous ne voulez pas entendre,

je suis l'anarchiste sans révolution,
le capitaliste sans argent,

je suis celui qui ne se sacrifiera pas pour toi,

je suis celui qui n'exigera pas ton sacrifice,

je suis celui qui ne te fera jamais de mal le premier,

et qui de ce simple fait

est libre.

Lundi 4 Octobre 2004

Collateral

Collateral a été extrêmement bien accueilli par la presse lors de sa sortie en salle, à un point tel, qu'intrigué, je décidais finalement de le voir afin de me forger ma propre opinion.
Le film narre la rencontre de Max et Vincent, respectivement chauffeur de taxi pour l'un, et tueur à gage pour l'autre, en l'espace d'une traversée nocturne dans un Los Angeles insomniaque. Déambulation noctambule hypnotique sur fond jazz, blues et rock, le rythme du film se déroule plaisamment comme un clip vidéo – au moins dans sa première moitié. Mais l'attention du film se porte sur la relation ambiguë des deux personnages, Vincent, magnétique et dangereux, et Max doux rêveur consensuel. Nous assistons à confrontation improbable de deux vies s'attirant et se repoussant mutuellement, embarquées dans un voyage surréaliste au bout de la nuit. Au fond, il s'agirait d'un requiem où le cynisme d'un tueur dialogue avec l'humanité d'un chauffeur attentiste. Le réalisateur, Michael Mann semble nous embarquer dans un triller esthétique à l'image et à la bande son superbe. Voilà un film très divertissant, mais au scénario convenu – surtout pour la seconde moitié. Passé l'effet esthétique du rythme et des images, l'on se prend à déceler à posteriori les grosses ficelles narratives, et des personnages un peu creux. Des défauts, qui, jettent un vague sentiment de déception sur le chef d'oeuvre annoncé. Loin d'en être un, il ne s'agit cependant pas moins d'un bon triller dont le principal avantage est de divertir efficacement.

Mercredi 15 Septembre 2004

Carnets de Voyage

Hier soir je suis allé voir Carnets de Voyage de Walter Salles. La presse est unanime (de Libération, jusqu’au Figaro, en passant par Le Point, Télérama, l’Express, sans parler du Monde ou de l’Humanité). Les avis des spectateurs aussi, semble-t-il, à en croire les forums. D’ailleurs, la salle dans laquelle je me trouvais ce soir là était comble.
Carnets de Voyage s'inspire des notes de voyage tirée de « Diarios de motocicleta » par Ernesto Che Guevara lors de son périple et du livre de son coéquipier Alberto Granado « Con el Che por America Latina ». Le résumé du film est le suivant : En 1952, deux jeunes Argentins, Alberto Granado et Ernesto Guevara, partent à la découverte de l'Amérique latine. Ils débutent leur périple sur une vieille moto baptisée "La Puissante". La confrontation avec la réalité sociale et politique des différents pays visités altère la perception que les deux amis ont du continent. Cette expérience éveillera de nouvelles vocations associées à un désir de justice sociale.
Dans l'ensemble, d’un point de vue artistique, ce n'est pas un mauvais film. Il est même plutôt bon dans son genre. La photo y est superbe, les plans larges des grandioses paysages de l’amérique du sud sont absolument somptueux. Les deux acteurs, Gael Garcia Bernal et Rodriguo De la Serna, sont tous deux excellents dans leur jeu, de même que l’écriture des dialogues sobres et imagés à la fois. On pourrait regretter un rythme toutefois un peu haché dans le déroulement du récit, mais trois fois rien. Non, d’un point de vue artistique, Carnets de Voyage est un bon film, voire un très bon film. Il l’est d’autant qu’il montre le point de vue d’un jeune homme lancé à l’aventure dans une élan de liberté et de découverte, et qui se trouve confronté à la touchante réalité de la vie d’une partie du peuple sud américain. Le point de vue est résolument attachant, car l’on présente de manière simple l'humanisme d'un "gamin", sa vision d'injustice du monde, et son envie de changer les choses. Le film serait bon si restait dans la fiction, si Ernesto Guevara avait été inventé ou tout du moins s’il n’avait jamais été le Che. Cependant le film s’arrête brutalement à Ernesto jeune, puis ellipse lorsque le "mythe" devient la triste réalité ! Ainsi, on a droit à ces dix dernière minutes du film où le lien avec le Che s’affiche nostalgique, où les sentiments du spectateur pour Ernesto, l’éternel adolescent, révolté et passionné, sont subitement transférés sur le personnage du Che, comme l’ultime excuse de sa future barbarie. Vous l’aurez compris, là où le film pêche, ce n’est surement pas dans ses qualités artistiques (grandes au demeurant) mais dans le message de fin consistant à écarter habilement les actions du futur Che et à magnifier le mythe de Guevara, le gamin rebelle et humaniste, qu’il ne restera pas longtemps d’ailleurs. A lire, le très intéressant article sur le site du web zine l’en dehors : Che Guevara : au-delà du mythe.

Mardi 31 Août 2004

Shelleconomistprize

Depuis l’année 2000, La société Shell et le magazine The Economist ce sont associés afin de promouvoir les réflexions sur le futur. Depuis cette date, un jury (composé de membres du dit-magazine et de professionnels) attribue chaque année un prix récompensant les auteurs d’essais (2000 mots maximum) sur un thème particulier touchant le devenir de notre monde. Chaque année, l’auteur du texte gagnant est récompensé par 20 000 $, les deux prix d’argents par  $10 000 chacun, et les cinq prix de bronze par 5 000 $ chacun. Les œuvres de tous ces gagnants sont diffusées ici : www.shelleconomistprize.com . L’année dernière le thème du concours était « Do we need nature ? », celui de 2002 « How much freedom should we trade for our security ? ». Cette année le thème est  « Import Workers or Export Jobs ? », le délai d’envoi des œuvres était le vendredi 20 août. Le résultat sera publié dans The Economist en novembre prochain.

En attendant, je vous conseille l’intéressante lecture des essais gagnants des années précédentes.

Samedi 28 Août 2004

Ça devait finir par arriver

Une journaliste du Monde en manque d'inspiration plagie un webzine, foutraque.com.

Vendredi 27 Août 2004

Rest in peace... and love

Bouyxou et Delannoy sont journalistes reporters, ils ont la cinquantaine passée. Ils viennent de sortir un livre « L’aventure hippie ». Je n’ai pas lu cet ouvrage, je ne m'aventurerais donc pas à critiquer ce livre (qui est peut être très bien) mais plutôt vous chroniquer une interview de deux pages des auteurs par le magazine Biscuit n°19 (magazine culturel de Cdiscount, un clone de celui de la FNAC, Epok) réalisée à l'occasion de la parution du-dit livre. Ces deux bonshommes, donc, se définissent comme « des marginaux avec du pognon ». Et pourtant, l’argent est leur ennemi number one, dixit le magazine. D’emblée, le drapeau grand bobo* est hissé au dessus de la tête du lecteur. Si l’argent est leur ennemi, je me proposerai bien de me charger du leur, ainsi ils pourront intellectualiser le cœur léger et l’âme en paix. Moi je suis un libéral*, donc je suis immunisé aux effets culpabilisateurs de l’argent et en plus je suis pauvre alors ça tombe bien.

Passons. L’interview commence par quelques questions sur la jeunesse hippie des deux hommes. A la question, « qu’avez-vous retenu de ces années là ? », Delannoy lâche : « Le racisme et l’antisémitisme, ça me rend dingue. On a fait l’expérience du rejet avec nos cheveux longs ». Whaou ça force le respect une telle expérience. Trois lignes en dessous « Il n’y avait que des vieux cons comme Sarko aujourd’hui. On est vraiment dans une société de droite. Conservatrice. » Je dirais qu’on est vraiment dans une société conservatrice (socialiste) tout court, à gauche comme à droite. Selon tout vraissemblance les vieux cons n’ont pas vraiment pas de partis, la preuve, la roue tourne on dirait.

Bouyxou affirme : « je pense notamment aux modes de vie communautaires qui respectaient l’individus » (une belle valeur que je partage), mais Delannoy enchaîne sur son passé de chef de communauté : « Oui et non. J’ai dirigé une communauté comme un stalinien en donnant des ordres. » Le coté obscur de l’expérience Hippie, probablement. Et après D, peut bien dire sur la méchante société autoritaire actuelle et le vilain néolibéralisme comme nous allons le voir par la suite.

L’interview sur la page suivante s’oriente sur la société actuelle, de B. et D, on retiendra :

des trucs sympas :

- D : parfois il m’arrive d’écouter Metallica avec un bon pétard (... certes, encore que personnellement ce mélange me parait franchement peu convaincant)

- B : aujourd’hui, on y arrive, si on fait les choses auxquelles on croit profondément (vive l’individualisme, vive le libéralisme)

- B : on a juste envie de dire aux jeunes, bougez votre cul, prenez votre vie en main. (ça me semble être un bon conseil libéral ça aussi)

des trucs moins sympas :

- D : Je suis très impressionné par le rouleau compresseur qu’est le néolibéralisme. J’ai assisté à l’effondrement d’un empire (les pays de l’Est) repris en main par la mafia. Ca fait bizarre. (Qui veut de la soupe d’idée ? néolibéralisme = Russie =mafia, laissez-moi rire. Ce qui fait encore plus rire c’est que D. semble ignorer que la mafia est souvent dirigée par les anciennes têtes communistes, et que la mafia russe existait souvent bien avant que le bloc de l’Est ne s’effondre)

- et les dernières lignes, par D : Dans sa lutte contre le système, contre le fric et les médias. On peut avoir de la sympathie pour Bové quand il casse un McDo. Les hippies modernes, c’est les hippies avec des fusils en Amérique Latine. Dans les années 70, on voulait changer les monde soi par des convictions, soit par la violence. (gasp ! Voici les mots de la fin, et une clef pour comprendre la phrase d’Asimov : « la violence est le dernier refuge de l’incompétence »).

 

* bobo = bourgeois bohème

** libertarien, pour être exact.

Eye Of The Beholder

Très drôle :

Une femme de ménage a jeté par erreur un sac poubelle qui faisait partie d'une exposition d'art moderne à la Tate Britain, l'un des principaux musées londoniens.

Selon la presse anglaise, l'oeuvre d'art a été récupérée in extremis dans les ordures du musée lorsque le conservateur s'est aperçu de sa disparition.

Le sac poubelle était l'oeuvre d'un artiste allemand, Gustav Metzger, intitulée sobrement "Nouvelle création de la première présentation publique d'un art auto-destructif" et datant de 1960. Placé sous une table recouverte de débris divers, le sac contenait des morceaux de carton et des vieux journaux.

Bien que le sac a été récupéré, Gustav Metzger, 78 ans, a estimé qu'il était trop abîmé et l'a immédiatement remplacé.
"Nous avons informé notre personnel, a déclaré un porte-parole de la tate Britain, cité par le Times. (Le sac poubelle) est maintenant couvert pendant la nuit pour qu'on n'y touche pas".

Il y a trois ans, une mésaventure similaire était arrivée à l'artiste britannique contemporain Damien Hirst. L'une de ses compositions -un cendrier rempli de mégots, des paquets de cigarettes et des bouteilles vides- avait été expédiée aux ordures par une femme de ménage. L'oeuvre avait été reconstituée peu après.

Pour ceux qui veulent se mettre dans la peau de la femme de ménage face au chef d'œuvre, il existe un test : art ou ordure ?

L'air de rien, cette question est la question essentielle de l'art contemporain depuis Marcel Duchamp.

Est-ce qu'il suffit qu'un artiste décide qu'une chose est de l'art pour qu'elle en soit effectivement ? Marcel Duchamp était à mon avis parfaitement conscient de ce qu'il faisait avec ses readymades, contrairement aux milliers d'artistes conceptuels qui l'ont suivi :

« Très tôt je me rendis compte du danger qu'il pouvait y avoir à resservir sans dicrimination cette forme d'expression et je décidai de limiter la production des readymades à un petit nombre chaque année. »

Voilà qui est en soi une forme de réponse...

Jeudi 26 Août 2004

William Eggleston

À l'occasion de l'ouverture du site de William Eggleston, sur lequel on peut trouver de nombreuses reproductions des œuvres du photographe, je vous propose de lire un très intéressant article paru sur Slate l'année dernière.

William Eggleston est le photographe qui a fait entrer la photo en couleurs dans le monde de la photo d'art en 1976, lors d'une exposition restée célèbre au MOMA. Jusque-là, beaucoup de photographes considéraient la couleur avec beaucoup de circonspection et pensaient qu'elle était réservée à la photo technique, de magazine ou d'amateurs. Il y avait une raison technique à cela: si la plupart d'entre eux savait développer et tirer le noir et blanc, le développement de la couleur requiert un équipement et une technicité beaucoup plus importantes et qui les rendait donc tributaires d'intermédiaires que le photographe de noir & blanc ne connaissait pas.

Samedi 7 Août 2004

syndrome d'exception culturelle

Le n°15 de Chronicart nous apprends la mauvaise santé du cinéma français. En effet, lors du dernier Festival de Clermont-Ferrand, le jury a refusé de décerner le prix du court métrage pour cause de nullité de la sélection. Toujours selon ce magazine, au nouveau festival de Brive en mai dernier, sur 18 films (moyen métrage) en sélection, 4 à peine échappaient à la logique à peine à la logique d'un micro-cinéma formaté dont les névroses, en une dizaine d'années, n'ont pas changé d'un poil : rien à dire, rien à raconter, rien à filmer. Le tout dans une position souvent grotesque : pathos et raide prétention à l'art, pessimisme et nihilisme faussement affectés. Il y a de quoi s'interroger sur les racines d'une telle misère artistique et à Chronicart d'avancer mon hypothèse favorite : la culture d'exception forgée à coup de système d'aide unique au monde, étouffant toute envie et nécessité de créativité. Voilà comment en échappant au marché l'art perd son audience et comment sous la coupe de l'Etat, l'artiste perd son art.

Lundi 2 Août 2004

We hate republicans but we fucking hate liberals

Trey Parker et Matt Stone, les créateurs de South Park et That's My Bush, vont bientôt sortir un nouveau film, Team America : World Police, avec des marionnettes animées à la Thunderbirds. Le film promet d'être une satire jubilatoire de l'aveuglement politique des célébrités d'Hollywood, ainsi que de la guerre contre la terreur des néoconservateurs.

Ce qui est amusant, c'est qu'en France, où ils sont adorés par des gens qui sont plutôt culturellement à gauche, personne ne sait que ce sont des libertariens, et des vrais, tout comme Clint Eastwood et bien d'autres d'ailleurs. La philosophie libérale imprègne toute leur œuvre, il ne s'agit pas que d'une anecdote. Cela ne fait que confirmer mon sentiment tel que je l'avais exprimé sur mon propre blog : certains éléments de la culture populaire, et particulièrement des films ou des séries télé qui défendent des idées typiquement libérales, sont appréciés par des gens à qui l'on a appris à détester le mot « libéralisme » en l'affublant de connotations qui n'ont rien à voir avec la réalité de la pensée libérale.

Je pense que le nombre de libéraux qui s'ignorent est très important, et particulièrement parmi les plus jeunes. En effet, j'ai du mal à croire que les théories étatistes puissent présenter beaucoup d'intérêt à long terme pour des jeunes gens qui expérimentent quotidiennement la libre circulation de l'information par internet, pour qui la situation économique est difficile et pour qui le seul espoir réside donc souvent en la création de son propre emploi, qui savent très bien que les drogues sont moins dangereuses que la criminalité liée à leur prohibition, qui sont tolérants au niveau des mœurs, pour qui les nations ne représentent plus grand-chose par rapports aux groupes d'appartenance qu'ils se sont choisis librement par affinité, etc.

Que cela plaise aux plus conservateurs des libéraux ou non, l'avenir du libéralisme passe donc probablement en partie par des gens qui sont actuellement culturellement à gauche, ou qui n'ont rien à faire de la politique : les gens de droite qui ne sont pas déjà libéraux le deviennent rarement. Évidemment, la confusion française entre droite et libéralisme constitue certainement le point de blocage le plus important, celui qui empêche ceux qui ont besoin des idées libérales de les trouver sur leur chemin. Pour le moment, ils pensent que tous les libéraux sont des yuppies cyniques et ringards, à fond à droite, chaussés de mocassins à glands, fans de Sardou et Florent Pagny, etc. alors qu'en réalité...


Jerome Morrow et Harry Tuttle Stone et Parker

Jerome est un grand fan de South Park, voici son résumé de deux épisodes:

Épisode n° 30 - Les Gnomes Voleurs de Slips
Un commerce de café d'un grosse société (Arbuck) vient se contruire à coté du commerce de café traditionnel (Tweak) de South Park. Tweak décide de chasser Arbuck en faisait voter une loi « anti-grosse société pour protéger les petits-commerces », et surtout ses intérêts. Pour cela il profite que son fils qui doit faire pour l'école un exposé sur « un sujet de société », selon les nouvelles directives de l'école publique, pour lui faire lire devant toute la classe et la direction de l'école un plaidoyer en faveur des petits commerces. Se sentant concernés par ce sujet de société, la direction de l'école fait pression sur la mairie pour voter cette loi. La mairie organise un vote. Pendant ce temps là, Tweak et la direction de l'école réalisent des pubs larmoyantes et pleines de manipulations, au frais du contribuable. Mais les 4 gamins de South Park suivent les gnomes voleurs de slip qui leur expliquent ce qu'est une vraie entreprise et quel est la logique du capitalisme. Ainsi les enfants, au moment du vote, refont un exposé mais cette fois-ci, franchement libéral. La loi n'est pas votée. La population reconnait alors que Tweak fait du café dégueulasse en comparaison de Arbuck. Arbuck, qui n'est pas rancunier, convient alors qu'il n'y a pas de place pour deux commerces de café à South Park et embauche Tweak (très doué pour la vente) pour tenir un commerce de café franchisé « Arbuck » en lieu et place de son ancien commerce. Ici le libéralisme est vu comme le respect des personnes et la convergence des intérêts autant pour le consommateurs que pour les producteurs.

Épisode n° 36 - Les Jakovasors
Les deux derniers membres d'une espèce de canards géants débiles et doués de parole sont retrouvés par Eric. Très vite on se rend compte que la disparition de leur espèce n'est pas un hasard mais qu'elle est tout simplement naturelle : aucun instinct de survie, intelligence proche de 0, inadaptés au climat, aucune défense, savent à peine se reproduire. Mais le Ministère de l'Environnement arrive et oblige les habitants de South Park à se cotiser pour acceuillir les 2 Jakovasors dans la ville, et leur construire une maison au nom de la « préservations des espèces ». Très vite les Jakosavors se multiplient comme des lapins et envahissent littéralement la ville en provoquant un chaos général. Les representants du Ministère de l'Environnement fuient en pretextant un travail a l'autre bout du pays. Les habitants de South Park se cotisent alors pour envoyer en 'vacances' tout les Jakovarsors à Paris où ils sont acceuillis à bras ouvert tant leur débilité est appréciée des Français et passe pour de l'humour (du Jerry Lewis, pour être exact).

Références

Dimanche 1 Août 2004

L'indicible

Un post récent de Faré expose une théorie sur Lovecraft et le sexe, qui, en plus d'être drôle, me paraît plausible. Sur le même sujet, Stephen King écrit dans Danse Macabre :

(..) sex will almost certainly continue to be a driving force in the horror genre; sex that is sometimes presented in disguised, Freudian terms, such as Lovecraft's vaginal creation, Great Cthulhu. After viewing this manytentacled, slimy, gelid creature through Lovecraft's eyes, do we need to wonder why Lovecraft manifested "little interest" in sex?

(...) le sexe continuera certainement d'être une force motrice du genre horrifique, sexe qui est quelquefois présenté en termes déguisés, freudiens, comme la vaginale création de Lovecraft, le grand Cthulhu. Après avoir vu cette créature aux multiples tentacules, gluante, gélatineuse à travers les yeux de Lovecraft, avons nous besoin de spéculer plus longtemps sur les raisons pour lesquelles il manifestait « peu d'intérêt » pour la sexualité ?

D'ailleurs « Shub » dans « Shub-Niggurath », c'est un anagramme de « bush », non ? Je parle de ce Bush là, bien sûr, pas du grand ancien de la maison blanche. Notons que grâce à une traduction particulièrement judicieuse, cet essai sur la fantastique de Stephen King s'appelle en français Anatomie de l'horreur quand le Danse Macabre français, du même auteur, est en fait le recueil de nouvelles Night Shift...

Jeudi 29 Juillet 2004

S.O.S. Bonheur

Réflexion sur le pouvoir de l'Etat et la liberté dans une bande dessinée à mi-chemin entre la science-fiction et la réalité.

A l'origine, S.O.S. Bonheur fut écrit par Jean Van Hamme ((XIII, Torgal, Largo Winch) en 1980 afin d’être adapté en feuilleton télévisé. Le projet TV tombant à l’eau, Van Hamme reprit son script et en conçu une série BD en s’associant deux ans plus tard à un tout jeune dessinateur alors débutant nommé Griffo (Vlad, Giacomo C., Cinjis Qan).
Van Hamme définit son projet comme il suit : « Lorsqu’une normes est imposée pour assurer les bonheur théorique du plus grand nombre, qu’advient-il de ceux qui, volontairement ou non, s’en écartent ? » Je voulais donc parler, par le biais de récits (presque) fictif, du danger que représentent pour la liberté individuelle les excès « de bien vouloir » d’un Etat dont on attends trop de bienfait. D’où le titre de la série.

A l’origine en trois tomes, S.O.S Bonheur fut regroupée en 2000 en un album intégral comprenant les sept histoires composant la série :

- Plan de carrière : crise économique, chômage, une administration (privée ? publique ? peu importe) interdit à ses employés trop heureux de toucher un salaire de se soucier de la raison d’être du travail qu’on leur fait faire… Jusqu’à ce que l’un d’entre eux, tout juste embauché, décide de découvrir à tout prix à quoi sert ce qu’il fait.

- A votre santé : Ici est traité du thème de l’assurance maladie. Une Assurance Maladie Unifiée (A.M.U) a été imposée par l’Etat Providence. Seulement, le meilleur moyen d’enrailler le déficit chronique est pour l’Etat d’empêcher les gens de tomber malade, donc de contrôler autoritairement leurs choix de vie via, entre autre, la P.M. (Police Médiale) destinée à verbaliser l’individu pour tout comportement dangereux par rapport à sa santé.*

- Vive les vacances : vacances pour tous, à prix unique… mais sont-ce encore des vacances ?

- Sécurité publique : Le fichage des citoyens. Le fameux numéro unique donnant accès à un fichier central.

- Planning familial : La limitation des naissance. Qu’advient-il des enfants né « illégalement » ?

- Profession protégée : Les artistes sont une profession réglementé par l’Etat. Entièrement dépendant financièrement de ce dernier, l’artiste est un créateur appointé auquel il faut maintenant un diplôme et un permis pour exercer. Quand la soit-disant contingence matérielle est supprimée par l’Etat, ce dernier dresse une barrière plus grande encore à la créativité, en se comportant comme un maître véritable face à ses esclaves. Peut-on encore parler d'art en ce cas ?

- Révolution : Histoire finale, où il est question d’une rébellion de la population se libérant des chaînes du régime totalitaire. Il est fait état des espoirs mais aussi et surtout des illusions et égarement des révolutions faites au nom de la liberté.

Une réflexion menée il y a 20 ans, toujours d’actualité, et même plus que jamais. Au travers de quelques aventures, l’auteur dresse un effroyable tableau des dérives de la société calquée sur le modèle de sociale démocratie. Portrait effrayant et désabusé du devenir de nos société, parfois le tableau semble paradoxalement à peine noirci. Bien au delà d’une contre-propagande, Van Hamme est un véritable moraliste, contant ses fables comme LaFontaine l’eu fait avant lui : sous couvert de fiction c’est bien de notre monde qu’il parle. D’un monde que finalement peu de choses séparent de l’univers de S.O.S Bonheur. Mais si cette BD est toujours autant d’actualité plus de vingt ans après sa conception, c’est aussi et surtout parce qu’elle parle d’abord de nous, à travers la vie des personnages des sept récits, sans que toutefois la narration ne se laisser aller à imposer au lecteur un système de pensée ou une solution.
Voici donc une BD qui, au bout du compte, laisse le lecteur véritablement libre à tous les points de vue.

S.O.S bonheur : édition intégrale est édité aux éditions Dupuis.

 

* Je ne résiste pas de vous citer un passage extrait du récit A votre santé (extrait de la page 33) :

Héroïne : J’en ai marre des slogans, docteur. Marre des amendes de l’A.M.U et des flics de la P.M….

Docteur : Il ne faut pas parler ainsi, voyons ! L’Assurance Médicale Unifiée représente un immense progrès social. Plus de médecine ni d’assurance privées, soins et médicaments gratuits pour tous, n’est-ce pas là le plus bel aboutissement d’un demi-siècle d’efforts humanitaires ?

Héroïne : Ouais… Splendide, sauf que l’affiliation à l’A.M.U vous coûte le tiers de votre salaire et que les amendes vous pleuvent dessus à chaque coin de rue ! Docteur : Logique, ma chère petite, logique. L’A.M.U est un système généreux donc coûteux. Le meilleur moyen de lui éviter les erreurs du passé, de le maintenir en équilibre budgétaire, est tout simplement d’empêcher les gens de tomber malades ou d’avoir des accidents. Ainsi, tout le monde est heureux.
En outre, je vous rappelle tout de même que nous sommes en Démocratie. L’affiliation à l’A.M.U n’est pas obligatoire…

Héroïne : Exact ! Sauf que tous les médecins et pharmaciens sont devenus des agents de l’Etat et qu’il leur est interdit de porter assistance à un non-affilié fut-ce pour lui vendre un cachet d’aspirine.

Docteur : Normal, Madame Duchant, normal. L’individualisme n’a pas sa place dans une civilisation sociale aussi structurée que la notre. Pour dire les choses plus crûment, la liberté est devenue une forme d’hérésie qui doit être découragée pour le bien de tous.

Ceci n'est pas un blog libéral

Quand on écrit un texte, que ce soit une fiction, un article, ou même un journal intime, on l'écrit toujours avec un lecteur imaginaire en tête, Umberto Eco l'appelle le lecteur-modèle. Il y a une pléthore d'études très savantes sur le sujet, si ça vous intéresse, vous pouvez toujours aller demander conseil à votre libraire : il a probablement un bac +5 en Lettres et il sera très heureux de parler de ça avec vous au lieu de vous orienter vers le dernier Philippe Delerm. Ce que disent ces études, c'est en fait très simple : le lecteur qu'on s'imagine lire notre texte conditionne la façon dont nous l'écrivons. Si je disais que plus le lecteur véritable correspond au lecteur-modèle, plus le lecteur et l'auteur sont satisfaits, on m'accuserait sans doute de tout voir sous l'angle du marché, donc je ne le ferai pas.

Évidemment, celui qui écrit un blog a lui aussi un lecteur-modèle, même s'il n'en est pas conscient. Les blogs libéraux ne font pas exception. Ile me semble que le malaise récemment ressenti dans la blogosphère libérale francophone a quelque chose à voir un problème d'identification du lecteur-modèle. On a évoqué la lassitude, le découragement : ce ne sont pas quelques textes obscurs sur un recoin d'internet qui vont changer le monde, et je préfère penser qu'aucun blogueur n'avait pensé lancer le grand soir libéral de derrière son ordinateur ! J'ai surtout l'impression que beaucoup de ceux qui sont en proie au pessimisme n'ont finalement comme lecteur-modèle qu'eux mêmes, un moyen de se rassurer compréhensible quand on voit l'impopularité de la pensée libérale en France. Le problème, c'est qu'alors ces blogs ont deux fonctions ou caractéristiques contradictoires :

• servir d'exutoire : se déchaîner contre la société française actuelle avec une virulence proportionnelle à l'agression ou la frustration ressentie, ce qui a pour effet de favoriser une tonalité réactionnaire, un genre sur le fil du rasoir qui ne supporte pas la médiocrité, et dont les auteurs les moins talentueux sont aussi comme par hasard généralement les moins libéraux
• le snobisme : se donner l'illusion de vouloir faire connaître le libéralisme alors qu'on pourrait avoir tendance, par plaisir élitiste, à vouloir rester dans sa tour d'ivoire avec les happy few. Comme le disait Baudelaire « Ce qu'il y a d'enivrant dans le mauvais goût, c'est toujours le plaisir aristocratique de déplaire. »
Pourquoi pas ? Le problème c'est qu'on ne peut pas à la fois prendre plaisir à l'ésotérisme et se plaindre de ne pas être écouté en dehors du cercle des initiés. L'idée de zonel est venue en partie de là. Jerome et moi lisons des blogs non-libéraux intéressants, et quand il parlent de politique, on zappe, ce qui est souvent impossible avec les blogs libéraux. Comme l'avait très justement observé Turion, il n'y a pas beaucoup de blogs socialistes, mais il y a beaucoup de blogs de socialistes. Zonel n'est pas un blog libéral, c'est le blog de deux libéraux qui ont envie de faire partager leurs découvertes en matière d'art et de culture, et éventuellement leurs propres créations. Jerome et moi avons décidé de deux lignes directrices pour cette aventure:
• parler de ce qu'on aime plutôt que de ce qu'on déteste
• le corollaire est de rendre notre blog lisible aussi bien par les libéraux que par les non-libéraux.
Quelques mots à propos du blog lui-même :
• Comme vous l'avez sans doute déjà deviné zonel c'est pour zone libre, comme une sécession virtuelle avec le monde dans leque nous vivons, et une référence à l'Interzone de William Burroughs.
• Le design évoque la cauchemar dystopique que nous redoutons, tel qu'il a été brillament représenté dans des films que nous aimons tous les deux, c'est à dire l'univers de Brazil, du Prisonnier, de Bienvenue à Gattaca, etc. comme pour retourner au monde qui nous entoure sa véritable image.
• Zonel est prévu pour être en perpétuelle évolution, il peut changer du tout au tout du jour au lendemain. Nous n'avons aucune idée de la fréquence à laquelle nous allons poster. Il n'y a pas de commentaires ni de liens. Si vous voulez faire des commentaires, envoyez nous un email. Nous ferons des liens dans les posts de manière à reflétér la diversité de nos lectures en temps réel.

Je suis très heureux de commencer cette aventure avec Jerome, dont l'amabilité et les multiples talents promettent de rendre le voyage agréable et passionnant. Zonel est une aventure, une libre association dont nous n'avons en réalité aucune idée d'où elle va nous mener. Enfin presque, parce Hitchcock prétendait que « Pour rouler au hasard, il faut être seul. Dès qu'on est deux, on va toujours quelque part. »

Bienvenue à tous !


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